Accord avec la République islamique : une paix durable ou simplement un gain de temps ?

Dans l’histoire contemporaine du monde, les accords signés dans l’espoir de mettre fin à une crise n’ont pas été rares. Certains ont réellement ouvert la voie à la stabilité et à l’apaisement, tandis que d’autres n’ont fait que prolonger l’existence d’une crise de quelques années, voire de quelques mois. La différence fondamentale entre ces deux catégories résidait dans le fait que les premiers s’attaquaient aux causes profondes du problème, alors que les seconds se contentaient d’en gérer les manifestations apparentes.

Aujourd’hui encore, lorsque l’on évoque la possibilité d’un accord entre la République islamique d’Iran et les États-Unis ou d’autres puissances occidentales, la question essentielle ne concerne pas uniquement le nombre de centrifugeuses, le niveau d’enrichissement de l’uranium ou les clauses techniques d’un éventuel traité. L’interrogation fondamentale est ailleurs : le monde fait-il face à un État classique, prévisible et agissant selon les normes habituelles des relations internationales, ou à une structure politique dont une partie importante de l’existence repose précisément sur la perpétuation des crises et des tensions ?

La réalité est que la question de la République islamique n’a jamais été uniquement une question nucléaire. Si tel avait été le cas, nombre des crises qui se sont succédé au cours des dernières décennies auraient pu être résolues par un simple accord technique. Ce qui a transformé la République islamique en l’un des dossiers les plus complexes de la politique mondiale réside dans la nature même du système. Dès ses premières années d’existence, sa légitimité a davantage reposé sur un récit idéologique et révolutionnaire que sur l’adhésion populaire.

Des travaux de Max Weber aux théories de David Easton, la science politique a constamment souligné qu’aucun régime ne peut durablement assurer sa stabilité sans bénéficier d’un certain degré d’acceptation sociale. Lorsque ce capital de légitimité s’affaiblit, les gouvernements cherchent généralement d’autres moyens de préserver leur cohésion interne. La construction de menaces extérieures, la mise en avant d’ennemis étrangers et la sécurisation du champ politique figurent parmi les mécanismes les plus connus dans ce domaine.

C’est précisément pour cette raison que de nombreux analystes considèrent qu’un accord avec la République islamique ne peut être évalué uniquement à travers le prisme des bénéfices à court terme. Sans aucun doute, un accord peut produire certains effets positifs. La réduction du risque d’affrontement militaire, l’apaisement des marchés énergétiques, la diminution des tensions dans le Golfe persique ainsi qu’une amélioration relative de certains indicateurs économiques figurent parmi les arguments fréquemment avancés par les partisans d’un compromis. Cependant, une question demeure : ces acquis constituent-ils une véritable résolution du problème ou seulement une transformation de son apparence ?

La littérature en sciences politiques établit une distinction fondamentale entre la « gestion de crise » et la « résolution de crise ». La gestion d’une crise peut permettre d’éteindre temporairement l’incendie. Mais si la source du feu demeure intacte, les flammes finiront tôt ou tard par réapparaître. L’expérience de nombreux conflits internationaux montre que l’ignorance des facteurs structurels à l’origine d’une crise conduit généralement à son retour sous une forme encore plus vaste.

L’une des erreurs les plus fréquentes dans l’approche occidentale de la République islamique au cours des dernières décennies a consisté à réduire l’ensemble du problème à la question nucléaire. Comme si toutes les divergences et toutes les inquiétudes pouvaient être résumées à un pourcentage d’enrichissement de l’uranium. Or, le programme nucléaire n’est qu’une composante d’un tableau beaucoup plus vaste. Même si l’on supposait que l’ensemble des installations nucléaires iraniennes soient fermées demain, de nombreuses questions fondamentales resteraient sans réponse.

Le problème principal renvoie à la structure du pouvoir elle-même. Une structure qui, dans de nombreux cas, a défini sa propre survie à travers un environnement de tension permanente et de confrontation. Dans un tel contexte, l’élimination d’un facteur de crise ne signifie pas nécessairement la disparition de la crise dans son ensemble.

Du point de vue des théories réalistes des relations internationales, les États cherchent généralement à accroître leur sécurité et leur puissance. Toutefois, la conception de la sécurité adoptée par la République islamique s’est souvent distinguée du modèle classique des États-nations. Dans ce cadre, la sécurité n’a pas principalement été recherchée à travers le développement économique, le bien-être des citoyens ou le renforcement du capital social, mais davantage par l’extension de l’influence régionale.

Le Liban, la Syrie, Gaza, l’Irak et le Yémen ne sont pas perçus uniquement comme des pays voisins. Ils sont considérés comme des éléments constitutifs de l’architecture stratégique et sécuritaire du régime. Par conséquent, tout accord exclusivement centré sur les activités nucléaires, tout en ignorant les autres dimensions de la politique régionale de la République islamique, se heurtera inévitablement à une compréhension incomplète de la réalité.

Par ailleurs, l’expérience historique démontre que les régimes idéologiques ne deviennent pas nécessairement plus modérés lorsqu’ils se trouvent en situation de faiblesse. Il arrive parfois exactement l’inverse. Le XXe siècle offre de nombreux exemples de régimes qui ont adopté des comportements plus agressifs au moment même de leur déclin. Lorsque la crise de légitimité s’aggrave à l’intérieur du pays, la politique étrangère peut devenir un instrument destiné à compenser cette fragilité.

En Iran également, de nombreux observateurs estiment qu’il existe une corrélation observable entre l’intensification des pressions internes et l’augmentation des tensions régionales. Plus les défis internes se sont multipliés, plus les dossiers extérieurs ont acquis d’importance pour la structure du pouvoir.

Dans ce débat, la place du peuple iranien ne doit pas être oubliée. Les défenseurs d’un accord soutiennent généralement qu’un allègement des sanctions pourrait contribuer à améliorer les conditions de vie des citoyens. Cet argument paraît, à première vue, rationnel et ne saurait être entièrement écarté. Toutefois, une question essentielle demeure : quelles seront précisément les structures qui bénéficieront des ressources ainsi libérées et selon quelles modalités celles-ci seront-elles distribuées ?

L’économie iranienne est confrontée depuis plusieurs décennies à des problèmes structurels profonds. De nombreux critiques considèrent qu’une part importante de l’économie nationale est contrôlée par des institutions dont la responsabilité publique demeure limitée et dont la logique de fonctionnement est davantage sécuritaire et politique qu’orientée vers le développement. Dans un tel contexte, l’arrivée de nouvelles ressources financières ne signifie pas automatiquement une amélioration du bien-être collectif.

La dimension morale de cette question mérite également réflexion. Les États sont constamment amenés à arbitrer entre leurs principes et leurs intérêts. Néanmoins, une interrogation persiste : jusqu’à quel point peut-on, au nom d’intérêts à court terme, demeurer indifférent à la situation des droits humains et des libertés fondamentales ?

Le monde contemporain ne peut pas se réclamer de la liberté, de la dignité humaine et des droits fondamentaux tout en demeurant silencieux face au sort des prisonniers politiques, aux restrictions massives des libertés civiles, aux pressions exercées contre les femmes ou à la répression des mouvements de protestation. Il s’agit d’une contradiction à laquelle tout accord politique est inévitablement confronté.

Dans de nombreux régimes démocratiques, la politique étrangère constitue un instrument au service des intérêts nationaux. Dans les systèmes idéologiques, cependant, cette relation peut parfois s’inverser et la politique étrangère devenir un outil destiné avant tout à préserver la structure du pouvoir. Dans ces conditions, les crises régionales ne représentent plus seulement une menace ; elles deviennent également une composante du mécanisme de survie du régime.

Pour cette raison, un changement de comportement tactique ne peut être interprété automatiquement comme un changement de nature. Les difficultés économiques ou les pressions internationales peuvent contraindre un gouvernement à adopter temporairement une attitude plus souple. Toutefois, tant que les structures fondamentales du pouvoir demeurent intactes, il est difficile d’affirmer avec certitude que les objectifs eux-mêmes ont changé.

En définitive, la véritable question n’est peut-être ni celle du « bon accord » ni celle du « mauvais accord ». L’enjeu principal concerne l’impact qu’un tel accord pourrait avoir sur l’avenir de l’Iran. Ce processus contribuera-t-il au renforcement de la société, à l’élargissement des libertés et au rapprochement du pays vers une gouvernance responsable et redevable ? Ou offrira-t-il simplement davantage de temps à la structure existante pour prolonger son existence ?

L’expérience historique montre que toute stabilité qui ne repose pas sur une légitimité sociale solide demeure fragile. Comme l’ont rappelé de nombreux théoriciens des sciences politiques, la sécurité durable naît de l’adhésion populaire et de la confiance sociale, et non exclusivement des instruments sécuritaires.

Vive l’Iran.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 17 juin 2026