Entre le sang et le pétrole, le monde a choisi le pétrole

Dans notre histoire contemporaine, il existe des moments qui arrachent le voile posé sur le véritable visage du monde. Non pas le monde poétique que l’on dessine dans les déclarations des droits de l’homme, ni celui qui, dans les discours diplomatiques, parle de dignité humaine et de liberté des peuples, mais un monde froid, calculateur, guidé par ses intérêts et impitoyable, dans lequel la vie humaine n’a d’importance que tant qu’elle affecte le prix de l’énergie, la sécurité des marchés et l’équilibre des puissances.

Ce qui est arrivé à l’Iran depuis l’année dernière jusqu’à aujourd’hui n’a pas été seulement une crise politique ni une guerre régionale. Cette période fut une épreuve morale imposée au monde face à l’Iran. Et le monde, du moins aux yeux des Iraniens, a échoué à cette épreuve.

Lorsque la nouvelle est tombée que le prix du pétrole était revenu au niveau des jours précédant la mort d’Ali Khamenei et le début de la guerre d’Iran, à la suite de la reprise du passage des pétroliers par le détroit d’Ormuz et de la diminution des inquiétudes concernant l’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient, les marchés mondiaux ont poussé un soupir de soulagement. En Europe, les analystes économiques ont parlé d’une baisse de la pression inflationniste. Aux États-Unis, les traders pétroliers ont évoqué le retour au calme. Dans les médias financiers, des termes comme stabilité, réduction des risques, rétablissement des routes maritimes et confiance des marchés furent répétés. Mais au milieu de toute cette tranquillité économique, une question morale demeurait comme une plaie ouverte. Le même monde qui s’était angoissé pour quelques euros d’augmentation du prix de chaque baril de pétrole s’est-il angoissé de la même manière pour le sang des jeunes Iraniens versé dans les rues d’Iran sur ordre de Khamenei ?

La réponse est amère. Non.

Pour l’Occident, ce qui a compté le plus dans ces mois à propos de l’Iran, ce ne furent ni les mères endeuillées, ni les prisonniers politiques, ni les yeux perdus, ni les corps sans nom dans les morgues, ni les jeunes filles et les jeunes garçons visés par des balles dans les rues. Ce fut le détroit d’Ormuz. Cette voie maritime étroite est devenue, aux yeux de l’économie mondiale, plus importante que des milliers de vies iraniennes. Comme si l’Iran n’était pas une nation historique, mais seulement un nœud géographique sur la carte énergétique du monde.

Depuis la fin de l’année dernière, l’Iran est entré dans l’un des chapitres protestataires les plus sanglants de son histoire. Des manifestations qui, au départ, pouvaient apparaître comme beaucoup de soulèvements précédents, c’est-à-dire comme un mélange de colère économique, de mécontentement social et de contestation politique, se sont rapidement transformées en un soulèvement contre l’ensemble de la République islamique. Cette fois encore, le peuple iranien a crié cette vérité qui, depuis des années, prend forme dans les profondeurs de la société. La question iranienne n’est plus celle de la réforme d’un gouvernement, du remplacement de quelques ministres ou de l’ajustement de quelques politiques. La question est celle du système lui-même, un système qui, dans ses fondements, est en contradiction avec l’Iran, avec la nationalité iranienne, avec la liberté individuelle, avec la rationalité gouvernementale et avec la dignité humaine.

Dans ce moment décisif, la République islamique a fait ce qu’elle a toujours fait. Au lieu d’entendre la voix de la nation, elle a tiré sur la nation. Au lieu d’assumer sa responsabilité, elle a coupé Internet. Au lieu de dialoguer, elle a rempli les prisons. Au lieu de réformer, elle a organisé la répression. Au lieu de la loi, elle a envoyé dans l’arène les matraques, les balles et les aveux forcés. Si Hobbes, dans le Léviathan, parlait d’un État créé pour empêcher la guerre de tous contre tous, la République islamique est devenue l’exact contraire de ce concept. Un État censé protéger la sécurité est devenu lui-même la source de l’insécurité de la nation. Un pouvoir censé protéger la vie du citoyen a considéré le citoyen comme un ennemi.

Mais ce qui s’est produit simultanément hors des frontières fut tout aussi important. Le monde a regardé. Certains États ont exprimé leur inquiétude. Quelques responsables politiques occidentaux ont prononcé quelques phrases en défense du peuple iranien. Quelques sanctions ont été annoncées. Quelques rapports sur les droits de l’homme ont été publiés. Mais aucune pression réelle, organisée, globale et décisive n’a été formée pour arrêter la machine de mort. Ce qui a été mis en place, ce fut la gestion de crise, non la défense de la nation iranienne.

C’est ici qu’il faut se souvenir de la phrase célèbre de Henry Kissinger, selon laquelle les États n’ont pas d’amis permanents, ils ont des intérêts permanents. Cette phrase, bien qu’elle soit froide et blessante sur le plan moral, décrit souvent le comportement des États avec davantage de précision que des centaines de discours éclatants sur les valeurs universelles. Face à l’Iran, le monde a montré une fois de plus que les droits de l’homme sont respectés jusqu’au point où ils n’entrent pas sérieusement en conflit avec la sécurité énergétique, le contrôle de l’inflation, la stabilité des marchés et l’équilibre régional.

Dire cela ne signifie pas blanchir la République islamique ni déplacer la responsabilité. Le premier responsable du massacre des Iraniens est la République islamique elle-même. Le premier assassin est ce même appareil qui, au nom de la religion, au nom de la révolution, au nom de la sécurité et au nom de la lutte contre l’ennemi, a pris l’Iran en otage. Mais la critique de l’Occident commence là où ces mêmes puissances ont montré, lorsque le pétrole et Ormuz étaient en jeu, qu’elles pouvaient réagir beaucoup plus rapidement, beaucoup plus sérieusement et de manière beaucoup plus coordonnée. Notre question est donc simple. Pourquoi peut-on mobiliser le monde pour le pétrole, mais pas pour le sang des Iraniens ?

Le détroit d’Ormuz est devenu, au cours de ces mois, un miroir montrant le vrai visage de la politique mondiale. Lorsque le passage des pétroliers a été perturbé, les compagnies d’assurance maritime, les gouvernements européens, les armées occidentales, les médias économiques, les banques centrales et les analystes de l’énergie se sont tous activés. Les cartes de navigation ont été examinées. Le prix du pétrole a été surveillé instant par instant. Les scénarios inflationnistes ont été placés sur la table. Mais lorsque l’Internet iranien a été coupé et que le peuple s’est retrouvé sous le feu, ce même monde n’a pas été suffisamment immédiat ni suffisamment ferme.

Dans les relations internationales, cette logique n’a rien de nouveau. Dans son ouvrage Politique entre les nations, Hans Morgenthau montre clairement que les États subordonnent la morale à leurs intérêts nationaux. Edward Hallett Carr, dans La crise des vingt ans, oppose l’idéalisme libéral au réalisme du pouvoir et explique que derrière le langage moral des gouvernements se cachent souvent des calculs de puissance. Ce qui s’est produit en Iran constitue une illustration nue de ce réalisme impitoyable. Tant que la liberté des Iraniens n’était pas liée au prix du pétrole, elle ne constituait pas une priorité stratégique pour l’Occident.

Cette réalité devrait nous libérer de l’illusion d’un salut venu de l’extérieur. Aucun peuple n’obtient sa liberté grâce à la compassion des puissances étrangères. Si la liberté de l’Iran doit advenir, elle devra naître de la volonté nationale des Iraniens eux-mêmes. Le monde peut parfois accompagner, exercer des pressions, apporter un soutien verbal ou même agir ponctuellement dans l’intérêt du peuple iranien. Mais le centre de gravité de la libération de l’Iran ne peut se trouver ni à Washington, ni à Bruxelles, ni à Londres, ni à Paris, ni ailleurs hors des frontières iraniennes. Le centre de gravité de cette libération doit se situer à Téhéran, Machhad, Chiraz, Tabriz, Sanandaj, Kermanchah, Ispahan, Ahvaz, Rasht, Zahedan et dans la conscience éveillée du peuple iranien.

Avant d’être un dossier sécuritaire, l’Iran est une nation historique. C’est une vérité que la République islamique comme de nombreuses puissances étrangères ont oubliée. Le régime islamique a réduit l’Iran à une communauté idéologique. L’Occident, quant à lui, a réduit l’Iran à la question nucléaire, au pétrole, aux missiles, à la sécurité régionale et au détroit d’Ormuz. Pourtant, l’Iran n’est ni l’un ni l’autre. L’Iran est une mémoire plurimillénaire. L’Iran est une langue, une culture, le Livre des Rois, Norouz, la raison, la justice, les frontières, la patrie et la nation. L’Iran est cette idée pour laquelle Ferdowsi consacra sa vie entière. Lorsqu’il écrivit : « Que mon corps ne subsiste pas si l’Iran disparaît », il ne composa pas seulement un vers héroïque ; il formula la philosophie politique d’un peuple.

Face à cela, l’Europe et l’Occident demeurent prisonniers de leur contradiction ancienne. Dans le discours, ils défendent les droits de l’homme. Dans la pratique, ils défendent une stabilité qu’ils jugent gérable. Pour de nombreux gouvernements occidentaux, le problème de la République islamique n’est pas qu’elle réprime son propre peuple. Le problème est qu’elle devient parfois incontrôlable, menace les routes énergétiques, déstabilise la région et provoque des chocs sur les marchés. En d’autres termes, leur préoccupation essentielle n’est pas la nature anti-humaine du régime, mais le coût géopolitique qu’il représente. Si ce même régime parvient à maintenir les flux pétroliers, à laisser le détroit d’Ormuz ouvert, à poursuivre les négociations sécuritaires et à contenir les crises, nombre de ces gouvernements sont prêts à renouer avec lui au nom du pragmatisme.

C’est précisément à ce stade qu’il faut affirmer avec clarté que le sang des Iraniens ne doit pas être sacrifié sur l’autel de la diplomatie pétrolière. Tout accord qui définirait l’avenir de l’Iran sans le peuple iranien, sans justice pour les victimes, sans jugement des responsables de la répression, sans démantèlement des structures répressives et sans rétablissement de la souveraineté nationale constituerait une nouvelle trahison historique envers le peuple iranien. Un tel accord pourrait certes faire baisser le prix du pétrole, mais il augmenterait le coût moral de la politique internationale. Il pourrait rassurer les marchés, mais il approfondirait les blessures de la nation.

C’est ici qu’il faut revenir à Albert Camus. Dans L’Homme révolté, Camus écrit que l’homme révolté est celui qui dit non. Ce refus n’est pas une simple négation ; il marque la naissance d’une frontière morale. Le peuple iranien a prononcé ce non lors des récentes manifestations. Non à la République islamique. Non à l’humiliation. Non à la pauvreté. Non au mensonge. Non à la répression. Non à la confiscation de l’Iran par l’idéologie. Ce refus possède une valeur morale bien supérieure à toutes les déclarations diplomatiques du monde, car il naît d’une souffrance réelle et vécue.

Mais l’économie mondiale n’a pas de mémoire. Le marché pétrolier n’a pas de mémoire. Les places boursières n’ont pas de mémoire. Le négociant en pétrole qui se réjouit aujourd’hui de la baisse du Brent ne saura peut-être jamais qu’au même moment une famille iranienne cherchait encore le corps de son enfant. C’est là toute la différence entre la mémoire du marché et la mémoire d’une nation. Le marché ne voit que des chiffres. La nation voit des noms. Le marché voit des courbes de prix. La nation voit le visage des mères. Le marché se réjouit du retour des pétroliers sur leurs routes habituelles. La nation demande si sa propre vie pourra, elle aussi, retrouver un cours normal.

La réponse est non. Du moins, pas si facilement.

Car le sang, contrairement au pétrole, ne peut être compensé par une augmentation de l’offre. Le pétrole peut être acheminé par d’autres routes, les réserves stratégiques peuvent être libérées, la production peut être augmentée, les assurances maritimes peuvent être adaptées, de nouveaux contrats peuvent être conclus et les prix peuvent être régulés. Mais une vie humaine ne peut être remplacée. Le jeune homme tué dans la rue ne rentrera jamais chez lui. L’œil perdu sous l’impact d’une balle de plomb ne retrouvera jamais la lumière grâce à un accord pétrolier. Le père qui a perdu son enfant ne trouvera aucun réconfort dans la baisse de l’inflation européenne.

Dans ce contexte, les médias portent également une responsabilité. Une partie des médias occidentaux n’a commencé à prendre l’Iran réellement au sérieux que lorsque celui-ci est devenu une question économique. Lorsque le sang coulait dans les rues, l’Iran n’était qu’un sujet parmi d’autres dans les rapports sur les droits humains. Lorsque le prix du pétrole a augmenté, l’Iran est devenu la une de l’économie mondiale. Cette différence constitue en elle-même une forme de violence symbolique. Une violence qui ne considère pas la victime comme un être humain, mais comme une variable secondaire dans une analyse de risques. Le véritable journalisme doit précisément s’opposer à cette réduction. La mission du journaliste n’est pas seulement de rapporter le prix du pétrole, mais aussi de demander quel sang a été ignoré derrière ces chiffres.

Pour ma part, je considère que l’Iran ne peut plus parler le langage du passé après cette période. Nous avons besoin d’une reconstruction complète du concept même de politique en Iran. La politique doit revenir de l’idéologie vers la patrie. Elle doit revenir de l’Oumma vers la nation. Elle doit revenir du pouvoir absolu vers l’État de droit. Elle doit revenir de la sacralisation du pouvoir vers la responsabilité du pouvoir. Elle doit revenir des slogans de mort vers les programmes de vie.

L’Iran de demain devra être un État national, laïque, fondé sur le droit et sur la souveraineté du peuple. Un État qui considère le pétrole comme une richesse nationale et non comme un instrument de prise d’otages du monde. Un État qui considère le détroit d’Ormuz comme un avantage géopolitique iranien et non comme un outil de chantage idéologique. Un État qui considère le citoyen iranien comme le propriétaire légitime du pays et non comme un simple sujet soumis à la logique sécuritaire.

Nous devons tirer les leçons de cette tragédie.

La première leçon est que la liberté ne peut survivre sans une organisation politique durable. La colère populaire est nécessaire, mais elle ne suffit pas. Une nation qui aspire à une transition politique a besoin d’un leadership, d’institutions, d’un programme, de médias indépendants, de réseaux sociaux efficaces, d’un langage commun et d’un horizon clair.

La deuxième leçon est que l’opposition iranienne ne doit pas devenir prisonnière du sectarisme, du culte de l’ego, des destructions internes et des rivalités infantiles. La République islamique se nourrit des divisions de ses adversaires. Chaque conflit inutile au sein de l’opposition renforce indirectement la survie du système qu’elle prétend combattre.

La troisième leçon est que le nationalisme iranien doit être un nationalisme bâtisseur d’État et non un nationalisme fondé sur la haine. Notre nationalisme doit protéger l’ensemble des Iraniens, qu’ils soient Kurdes, Lors, Baloutches, Azerbaïdjanais, Arabes, Persans, Gilakis, Turkmènes ou issus de toute autre composante de cette terre. L’Iran signifie l’unité nationale dans la diversité, et non la négation des différences. L’identité nationale iranienne doit être suffisamment forte pour embrasser toutes les composantes de la société sans les effacer.

En définitive, le retour du prix du pétrole à son niveau d’avant-guerre ne signifie pas la fin de la crise iranienne. Il marque seulement la fin de l’anxiété des marchés situés au-delà des frontières iraniennes. La crise iranienne continuera tant que justice ne sera pas rendue aux victimes, tant que la République islamique et ses structures répressives ne seront pas démantelées, tant que la souveraineté nationale ne sera pas restituée au peuple et tant que l’Iran ne sera pas libéré de la captivité idéologique.

L’Occident peut aujourd’hui se réjouir de la baisse du prix du pétrole. L’Europe peut être satisfaite de la diminution du coût de l’énergie. Les marchés financiers peuvent interpréter cette journée comme le signe du retour à la stabilité. Mais pour nous, Iraniens, la stabilité ne prendra un sens réel que le jour où une mère iranienne n’aura plus peur de voir son enfant sortir dans la rue. La liberté ne prendra son sens véritable que lorsqu’aucun citoyen ne sera emprisonné pour avoir dit la vérité. La sécurité ne sera réelle que lorsque les forces armées protégeront les frontières de l’Iran au lieu de se retourner contre les enfants de l’Iran. La politique retrouvera son sens lorsque l’Iran sera gouverné selon ses intérêts nationaux et non selon des illusions idéologiques.

Le pétrole est devenu moins cher. Le monde a respiré. Mais l’Iran est toujours en deuil.

Et tant que le sang de ceux qui sont tombés sur le chemin de la liberté n’aura pas obtenu justice, aucun graphique économique, aucun accord diplomatique et aucun passage paisible de pétrolier à travers le détroit d’Ormuz ne pourront dissimuler cette vérité fondamentale : durant ces mois sombres, le monde s’est montré davantage préoccupé par le pétrole que par l’être humain.

Le jour où l’Iran sera libre, le détroit d’Ormuz ne sera plus le symbole d’une crise permanente. Il deviendra le symbole de la puissance nationale iranienne. Le pétrole ne sera plus un instrument de menace à l’égard du monde. Il deviendra un capital destiné à la reconstruction du pays. L’État ne sera plus une ombre de peur planant au-dessus de la population. Il deviendra le serviteur de la nation. Et le sang des enfants de l’Iran ne sera plus relégué dans les rapports froids et impersonnels des organisations de défense des droits humains ; il occupera une place centrale dans le fondement moral du nouvel Iran.

Jusqu’à ce jour, notre devoir demeure clair : ne pas oublier, ne pas pardonner l’injustice et ne jamais sacrifier la vérité au profit de l’opportunisme politique.

Car si le pétrole peut devenir moins cher, le sang d’un Iranien, lui, ne le sera jamais.

Cette vérité dépasse les fluctuations des marchés, les stratégies diplomatiques et les calculs géopolitiques. Elle appartient à la conscience historique d’une nation qui refuse d’être réduite à une simple variable énergétique dans les équations des puissances mondiales. Elle appartient à la mémoire collective d’un peuple qui a payé un prix immense pour préserver sa dignité.

Les marchés oublieront. Les analystes rédigeront de nouveaux rapports. Les gouvernements poursuivront d’autres priorités. Les crises se succéderont. Les cours du pétrole monteront et descendront encore. Mais les nations, elles, vivent par leur mémoire. Et la mémoire iranienne conservera le souvenir de cette période où le monde a regardé les souffrances d’un peuple tout en surveillant avec davantage d’attention les courbes du Brent et les flux énergétiques du Golfe.

L’histoire jugera les responsables de la répression. Elle jugera également ceux qui, par calcul, par indifférence ou par intérêt, ont préféré la stabilité des marchés à la défense des principes qu’ils proclamaient universels. Car aucune civilisation ne peut durablement prétendre défendre la dignité humaine si elle accepte que celle-ci soit subordonnée aux impératifs économiques.

L’Iran survivra à cette épreuve comme il a survécu à tant d’autres au cours de son histoire millénaire. Il survivra parce qu’il est plus ancien que les régimes qui prétendent le représenter et plus profond que les intérêts qui cherchent à l’exploiter. Il survivra parce que sa culture, sa langue, sa mémoire et son identité nationale dépassent les contingences du présent.

Et lorsque viendra le temps de la reconstruction nationale, lorsque la souveraineté appartiendra de nouveau aux citoyens, lorsque la justice remplacera l’arbitraire et lorsque la loi remplacera la peur, alors le souvenir de ceux qui ont sacrifié leur vie pour la liberté deviendra l’un des fondements de l’avenir.

Ce jour-là, le monde découvrira peut-être ce que les Iraniens savent déjà : une nation ne se mesure pas au nombre de barils qu’elle exporte, mais à la valeur qu’elle accorde à la vie de ses enfants.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 25 juin 2026