« Résistance » ou terrorisme ? Anatomie de l’idéologie du 7 octobre

Trois ans se sont écoulés depuis le 7 octobre, jour où le Hamas a montré quelle réalité pouvait se dissimuler derrière tant de slogans grandiloquents sur la « résistance » : celle du terrorisme religieux. Attaquer des civils, tuer des êtres humains et les prendre en otage ne relevait pas d’une lutte de libération ; c’était la manifestation à visage découvert d’une idéologie qui, pendant des années, a mêlé la haine d’Israël au fondamentalisme islamique, à la culture du martyre et à la sacralisation de la violence, avant d’exiger du monde qu’il reconnaisse le produit de ce mélange sous le terme respectable de « résistance » plutôt que sous celui de « terrorisme ». Le 7 octobre fut le moment où, pendant quelques heures, ce jeu de langage s’est effondré et où ce qui est apparu n’était plus un mythe révolutionnaire, mais la terreur.

La République islamique est l’un des principaux soutiens politiques, financiers et militaires du Hamas. Dès les premières années de son installation au pouvoir, le régime des mollahs a transformé la question palestinienne, qui relevait d’un conflit extérieur, en l’un des piliers de son identité politique, car rien n’est plus utile à la survie d’un régime religieux qu’une hostilité permanente. Pour la République islamique, Israël n’est pas simplement un État étranger : c’est un ennemi dont l’existence permet au régime de vendre ses échecs, son isolement, son militarisme et son expansion régionale sous l’étiquette de la « résistance ». Un régime religieux a besoin d’un ennemi pour assurer sa survie, car si l’ennemi sacralisé venait à disparaître, une question dangereuse surgirait de la part des citoyens : à quoi ont servi tous ces sacrifices et toutes ces dépenses ?

Depuis quatre décennies, c’est le peuple iranien qui paie de sa poche la réponse de la République islamique à cette question. Un pays doté d’immenses ressources énergétiques, d’un capital humain considérable et d’un potentiel économique majeur est confronté à la crise économique, à l’émigration, à la dégradation de ses infrastructures et à l’érosion du pouvoir d’achat, tandis que son régime met les ressources et les capacités nationales au service d’un réseau de groupes armés régionaux. Le Hamas, le Jihad islamique, le Hezbollah et les autres composantes de « l’Axe de la résistance » n’ont construit pour le peuple iranien ni écoles, ni hôpitaux, ni industrie, ni liberté, ni prospérité ; ils ont en revanche procuré à la République islamique de l’influence, des terrains de guerre par procuration et la possibilité de mettre en scène sa puissance. C’est précisément à ce point que la politique étrangère se détache de l’intérêt national pour devenir le projet particulier d’une idéologie.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique est le principal bras armé de ce projet, tandis que le Bassidj constitue l’expression intérieure de cette même logique. À l’intérieur du pays, le Bassidj et l’appareil sécuritaire sont chargés de protéger le régime contre la société ; à l’extérieur, les Gardiens de la révolution sont chargés d’étendre la géographie de l’influence du régime. Le clergé au pouvoir produit, quant à lui, la légitimité religieuse nécessaire à cette structure : « martyre », « djihad », « Qods », « Oumma islamique » et « résistance ». Lorsque ces termes pénètrent l’appareil du pouvoir, ils ne sont plus des concepts religieux inoffensifs ; ils deviennent des instruments politiques. Le mollah construit l’idéologie, les Gardiens de la révolution l’arment, le Bassidj la protège à l’intérieur du pays et les médias du régime la vendent à la société.

C’est précisément là que réside la raison fondamentale de l’opposition à un régime religieux. Le problème ne se limite pas à la corruption de quelques religieux ou aux erreurs de quelques commandants ; le problème réside dans la structure elle-même, qui produit du sacré afin de légitimer la décision politique. Lorsqu’un gouvernement prétend accomplir une mission divine, l’échec politique n’est plus un échec, mais une « épreuve » ; la mort devient un « martyre » ; le recul devient une « trahison » et l’opposant devient un « ennemi de Dieu » ou un « agent de l’ennemi ». Avec un tel langage, il est possible de maintenir une société pendant des années dans un état de guerre permanent, car ce qui est sacré n’a pas besoin d’être soumis à un calcul des coûts et des bénéfices. La politique nationale commence, au contraire, précisément là où cette sacralisation prend fin et où le pouvoir est contraint de rendre des comptes aux citoyens pour chaque euro dépensé, chaque arme fournie, chaque sanction provoquée et chaque guerre imposée au pays.

Le Hamas est lui aussi le produit de cette sacralisation de la politique. Lorsque l’élimination d’Israël devient un idéal et que mourir pour atteindre cet objectif est considéré comme une vertu, la violence finit tôt ou tard par dépasser le soldat pour atteindre l’être humain ordinaire. Le 7 octobre fut la conséquence logique d’une culture capable de considérer l’être humain israélien non comme un individu, mais comme le symbole d’un ennemi. Il suffit d’abord de dépouiller un être humain de son individualité et de le réduire à une étiquette ; après cela, le tuer devient beaucoup plus facile. C’est le même mécanisme dont toutes les idéologies totalitaires ont, sous une forme ou une autre, fait usage.

Mais le scandale du 7 octobre ne s’est pas limité au Hamas. Presque simultanément à la diffusion des images de l’attaque, une immense machine de justification s’est mise en marche. D’un côté se trouvaient la République islamique et les médias qui lui sont affiliés ; de l’autre, certaines composantes de la gauche radicale et de l’espace médiatique occidental, qui avaient pendant des années appréhendé la question palestinienne à travers le schéma simpliste de « l’oppresseur et de la victime ». Pour une telle vision du monde, il est difficile d’accepter qu’une « victime » idéologique puisse elle aussi devenir l’auteur d’actes terroristes ; plutôt que de remettre en cause cette représentation, le crime se trouve alors dilué dans une masse de « contexte historique ». La responsabilité individuelle disparaît et le terroriste devient un « produit des circonstances ».

C’est ici que les médias doivent également faire l’objet d’une critique. La BBC, comme tout autre média, a parfaitement le droit de critiquer le gouvernement israélien ; mais lorsque le langage de la responsabilité directe est employé à propos d’Israël, tandis que l’histoire, le colonialisme, la colère et le contexte sont constamment invoqués pour expliquer la violence des islamistes, il convient de s’interroger sur cette asymétrie. La propagande ne consiste pas toujours à mentir ; elle peut aussi consister à choisir un angle dans lequel un camp est toujours présenté comme doté d’une volonté propre et donc responsable de ses actes, tandis que l’autre est toujours décrit comme le produit des circonstances. Un tel récit, même lorsqu’il est formulé dans un vocabulaire intellectuel, peut en pratique contribuer à blanchir la violence.

La contradiction d’une partie de la gauche occidentale dans son soutien aux mouvements islamistes est encore plus absurde. Certains de ceux qui, en Europe, prononcent des discours en faveur de la laïcité, des droits des femmes et de la liberté individuelle semblent parfois perdre soudainement toute sensibilité à la nature réactionnaire du fondamentalisme islamique dès lors que celui-ci brandit le drapeau palestinien. Pour un Iranien qui a fait l’expérience des conséquences réelles d’un régime religieux, un tel romantisme n’est rien d’autre que de la naïveté politique. L’islam politique, lorsqu’il accède au pouvoir, n’a rien de poétique : il rédige des lois, censure, réprime les opposants, construit des prisons et produit des justifications sacrées pour intervenir jusque dans les aspects les plus intimes de la vie humaine. L’Iran est le laboratoire vivant de cette réalité.

Et c’est précisément pour cette raison que l’hostilité de la République islamique envers Israël ne doit pas être considérée comme l’hostilité de l’Iran. L’Iran et Israël ne sont nullement condamnés à une inimitié historique. Il n’existe aucun différend territorial entre les deux pays et l’hostilité actuelle est avant tout le produit de l’idéologie née après la trahison islamique de 1357 [1979]. Le régime a tenté de présenter son propre ennemi comme l’ennemi de la nation, mais aucun Guide suprême n’a le droit de désigner un ennemi héréditaire aux générations futures de l’Iran. Le même régime qui a privé les citoyens du droit de choisir le véritable dirigeant de leur pays ne peut prétendre parler au nom de ces mêmes citoyens lorsqu’il s’agit de déterminer leurs amitiés et leurs inimitiés éternelles.

C’est pourquoi l’amitié entre Iraniens et Israéliens revêt une signification qui dépasse largement le cadre d’une simple relation internationale. Cette amitié constitue une révolte contre l’ingénierie de la haine mise en œuvre par la République islamique. Elle signifie que le mollah n’a pas le droit de décider qui l’Iranien doit haïr ; que les Gardiens de la révolution n’ont pas le droit de fabriquer des ennemis pour la nation au moyen de missiles et de forces supplétives ; et que le Bassidj n’a pas le droit d’ériger la fidélité à l’idéologie de la République islamique en critère de patriotisme. Israël n’est pas l’ennemi historique de l’Iran et aucun Iranien n’est obligé de considérer la guerre de la République islamique comme sa propre guerre.

L’Iran passe avant la Palestine. Les intérêts de l’Iran passent avant « l’Axe de la résistance ». Les richesses de l’Iran appartiennent aux Iraniens, et non à des groupes terroristes tels que le Hamas et le Jihad islamique, ni aux projets transfrontaliers des Gardiens de la révolution. La politique étrangère de l’Iran doit elle aussi être définie à Téhéran, sur la base des intérêts du peuple iranien, et non dans les séminaires religieux, ni dans les états-majors de la Force Qods, ni en fonction des promesses eschatologiques d’un régime religieux.

Le 7 octobre doit nous rappeler cette vérité : lorsque la religion, la haine et la politique fusionnent au sein d’un même appareil idéologique, le meurtre peut être appelé « résistance », la mort « martyre » et le terroriste « combattant de la liberté ». Depuis quatre décennies, la République islamique se nourrit de cette culture, et le Hamas en a donné à voir l’une des expressions les plus violentes. Combattre cet univers ne consiste donc pas uniquement à combattre une organisation ; il s’agit de combattre une culture qui considère l’idéal comme plus important que l’être humain.

L’avenir de l’Iran commencera là où cette chaîne sera rompue : lorsque la République islamique sera écartée de l’Iran, les mollahs du pouvoir, les Gardiens de la révolution de la politique, le Bassidj de la vie privée de la société, et « l’Axe de la résistance » du Trésor public et de la politique étrangère du pays. Ce jour-là, l’Iran pourra de nouveau choisir ses amis et ses ennemis en fonction de ses propres intérêts, et ses relations avec Israël seront définies non plus par les ordres d’un religieux, mais par la libre volonté d’une nation.

Et en ce troisième anniversaire du 7 octobre, avant toute considération politique, il convient de se souvenir de celles et ceux dont la vie a basculé à jamais ce jour-là : ceux qui ont été tués, les familles qui ont perdu leurs proches, les personnes qui ont été prises en otage, ainsi que toutes celles et tous ceux qui portent encore en eux les blessures physiques et psychologiques de cette journée. Aucun idéal politique, aucun conflit historique et aucune idéologie ne peuvent rendre insignifiante la souffrance d’une mère, d’un père, d’un enfant ou de toute personne ayant perdu un être cher dans la violence.

La mémoire des victimes du 7 octobre doit également constituer une mise en garde contre une culture qui dissimule l’être humain derrière des étiquettes telles que « ennemi », « infidèle », « sioniste », « martyr » ou « combattant », avant de chercher à légitimer la violence exercée contre lui. S’il doit rester une leçon de cette journée, la première est peut-être celle-ci : aucune religion ni aucun idéal ne devrait jamais ôter sa valeur à la vie d’un être humain innocent.

Pour moi, en tant qu’Iranien, l’espoir commence précisément à cet endroit. La République islamique n’est pas éternelle, et l’hostilité qu’elle a construite ne doit pas l’être davantage. Un jour viendra où les générations futures d’Iraniens ne seront plus contraintes de payer le prix de guerres, d’hostilités et d’idéaux qu’elles n’ont pas choisis ; un jour où les richesses de l’Iran, au lieu de financer des guerres par procuration, seront consacrées à la reconstruction et au développement de l’Iran, et où la politique étrangère du pays, au lieu d’exporter une idéologie, sera mise au service de la sécurité, de la liberté, de la prospérité et des intérêts du peuple iranien.

Peut-être aucune image ne pourrait-elle symboliser davantage la fin de cette époque que celle-ci : un Iranien et un Israélien qui, après des décennies de propagande de haine, se serrent la main sans l’intermédiaire des mollahs, des Gardiens de la révolution ni de l’idéologie ; non pas parce qu’ils auraient oublié l’histoire et les différends, mais parce qu’ils auraient admis qu’aucun gouvernement n’a le droit de léguer la haine en héritage aux générations futures.

Et peut-être qu’en ce jour, la mémoire des victimes du 7 octobre prendra elle aussi une signification allant au-delà du deuil : celle d’un rappel du coût humain de la haine et d’un avertissement afin qu’aucune société ne permette jamais plus que l’être humain soit sacrifié sur l’autel de l’idéologie.

Mon espoir est que, lors des prochains anniversaires du 7 octobre, les Iraniens ne vivent plus sous la bannière d’un régime qui a fait du terrorisme, de la guerre par procuration et de l’hostilité une composante de son identité politique ; mais qu’ils puissent, dans un Iran libre, laïque et fondé sur la volonté de la nation, se recueillir aux côtés des autres peuples en mémoire des victimes du terrorisme et décider eux-mêmes de leurs amis, de leurs ennemis et de l’avenir de leur pays.

Ce jour-là, la fin de la République islamique ne sera pas seulement la fin d’un régime ; elle marquera la fin d’un chapitre au cours duquel une idéologie a tenté de fabriquer des ennemis pour les Iraniens et de faire de la haine une politique étrangère. Et elle marquera le début d’un nouveau chapitre dans lequel l’Iran appartiendra de nouveau aux Iraniens.

À la mémoire des victimes du 7 octobre, avec toute notre compassion pour leurs familles, et dans l’espoir d’un jour où le terrorisme et les régimes idéologiques ne pourront plus prendre en otage le destin des nations.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 7 octobre 2026