
L’Europe se trouve aujourd’hui dans une situation où la poursuite de politiques inefficaces, l’aveuglement face aux menaces sécuritaires et le refuge derrière des slogans idéalistes risquent de compromettre gravement l’avenir politique, économique et social du continent. Les troubles survenus les 17 et 18 octobre 2026 en France, en Italie, en Belgique et dans d’autres pays doivent, indépendamment des conclusions définitives des enquêtes concernant l’identité et les motivations des auteurs des violences, être considérés comme un avertissement sérieux adressé à l’ensemble des gouvernements européens. Car lorsque des manifestations sociales deviennent le théâtre de pillages de commerces, de destructions de biens publics, d’attaques contre les institutions de l’État et d’atteintes au patrimoine culturel, il n’est plus possible d’éluder la question en se contentant de répéter des discours sur la liberté de manifester et les droits des citoyens. La manifestation pacifique constitue un droit fondamental, mais aucun principe démocratique n’autorise des individus ou des mouvements politiques à recourir à la violence pour détruire la sécurité publique et faire supporter à l’ensemble de la société les conséquences de leurs actes.
L’une des questions fondamentales est de comprendre comment des manifestations qui peuvent initialement naître de revendications économiques, de l’augmentation du coût de la vie ou du mécontentement des élèves se transforment, dans certains cas, en scènes de destruction et de violence, et pourquoi les services européens de sécurité et de renseignement ne parviennent pas toujours à empêcher l’infiltration de groupes violents dans ces rassemblements. Toutes les personnes qui attaquent des commerces, incendient des biens publics et détruisent des symboles nationaux sont-elles réellement des manifestants descendus dans la rue uniquement pour défendre leurs droits sociaux, ou faut-il également examiner avec le plus grand sérieux la présence éventuelle d’individus opportunistes et de réseaux extrémistes ? La distinction entre une protestation légitime et une violence organisée est si évidente que toute tentative de les assimiler l’une à l’autre ne constitue pas une défense de la démocratie, mais bien son affaiblissement. Les gouvernements incapables de protéger les citoyens respectueux de la loi ne sauraient considérer que leur responsabilité politique et sécuritaire prend fin avec de simples condamnations verbales de la violence.
Parmi les menaces dont l’Europe doit parler avec davantage de franchise, l’extrême gauche violente occupe une place importante. Il s’agit de courants qui, en s’appuyant sur un discours de justice sociale et des slogans anticapitalistes, transforment parfois la destruction de biens privés, les attaques contre les forces de l’ordre et la création du chaos en instruments de lutte politique. Ces mouvements prétendent défendre les classes défavorisées et combattre les inégalités économiques. Pourtant, lorsqu’ils détruisent le commerce d’un citoyen, incendient les véhicules de particuliers ou attaquent des bâtiments financés par les impôts, ils font précisément de ceux qu’ils prétendent défendre les victimes de leurs propres agissements. Aucune théorie politique ne saurait transformer le pillage en justice, et aucun slogan révolutionnaire ne peut légitimer les atteintes aux droits des citoyens. Lorsqu’un mouvement politique recourt à la violence pour atteindre ses objectifs, il doit faire l’objet d’une réponse ferme et conforme à la loi, indépendamment de son positionnement idéologique et de ses revendications sociales.
Le problème devient encore plus profond lorsque certains milieux politiques et intellectuels européens expliquent les violences commises par des courants d’extrême gauche en invoquant la colère sociale, la résistance au capitalisme ou une réaction aux inégalités économiques, tout en refusant de faire preuve de la même indulgence à l’égard d’autres formes de violence politique. Un tel double standard risque de faire naître l’idée dangereuse selon laquelle la légitimité ou l’illégitimité de la violence dépendrait de l’identité politique de ses auteurs plutôt que de la nature de leurs actes. Une société démocratique ne peut se montrer rigoureuse face aux destructions commises par un groupe extrémiste tout en tolérant les mêmes comportements de la part d’un autre groupe au motif d’une proximité idéologique. La loi doit être appliquée de manière égale à tous les citoyens et à tous les mouvements. Aucun groupe ne doit pouvoir se soustraire à sa responsabilité concernant ses actes violents en se retranchant derrière des slogans sociaux populaires.
Une autre menace sur laquelle les responsables politiques européens doivent se prononcer sans calculs opportunistes est l’expansion de l’islamisme politique autoritaire et l’activité de réseaux opposés aux principes de la laïcité, à la liberté de conscience, à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la primauté du droit civil. Dans ses formes extrêmes, l’islamisme politique ne constitue pas simplement un ensemble de convictions religieuses relevant de la sphère privée, mais un projet d’organisation de la société et du pouvoir fondé sur l’autorité religieuse, susceptible, dans certains cas, d’entrer directement en contradiction avec les libertés fondamentales des citoyens. L’Europe, qui a construit une part essentielle de son identité politique contemporaine sur la séparation des religions et de l’État, la liberté de critiquer les religions et l’égalité juridique des citoyens, ne peut demeurer indifférente aux activités de mouvements qui cherchent précisément à restreindre ces libertés. Défendre la liberté religieuse ne doit pas signifier accepter l’imposition de lois religieuses à autrui, pas plus que le respect des croyances religieuses ne doit conduire à soustraire les idéologies autoritaires à la critique et au contrôle de la légalité.
Les activités des mouvements islamistes extrémistes qui cherchent à imposer une autorité religieuse à la société doivent être examinées avec une vigilance accrue, car la menace sécuritaire découle des comportements, des objectifs et des activités religieuses organisées. Toutefois, le respect des religions ne doit pas servir de prétexte pour renoncer à examiner les réseaux extrémistes, leurs sources de financement, leur propagande antidémocratique et les activités susceptibles de favoriser la diffusion de la haine, les menaces contre les critiques des religions ou la justification de la violence. Les dirigeants européens doivent admettre que la défense de la laïcité ne se concrétise pas uniquement par l’adoption de lois et la prononciation de discours, mais exige une application impartiale du droit ainsi que la prévention de l’émergence de structures plaçant l’autorité religieuse au-dessus des droits des citoyens.
Les politiques migratoires européennes nécessitent également une révision approfondie, car aucun État ne peut élaborer une politique migratoire durable et responsable sans évaluer ses capacités économiques, les moyens de ses services publics, sa situation sociale et ses impératifs de sécurité. L’immigration peut être bénéfique à la société d’accueil lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre juridique clair, qu’elle s’accompagne de possibilités d’intégration sociale, d’un accès adapté au marché du travail et du respect des droits et des responsabilités civiques. À l’inverse, les politiques qui entraînent une vérification insuffisante de l’identité des demandeurs, des faiblesses dans l’application des règles de séjour, des abus concernant les aides publiques ou l’absence de programmes efficaces d’intégration peuvent accentuer la pression sur les ressources publiques et alimenter le mécontentement social. Les gouvernements européens ont le droit et le devoir de distinguer les immigrés respectueux de la loi, les personnes ayant réellement besoin d’une protection internationale, celles qui ne remplissent pas les conditions légales de séjour et les individus dont il est établi qu’ils ont commis des crimes graves ou participé à des activités extrémistes, puis de prendre à l’égard de chaque catégorie des décisions conformes au droit.
La question centrale ne doit pas être d’attribuer une valeur différente aux êtres humains selon leur nationalité ou leur statut migratoire, mais de placer la responsabilité individuelle, le respect de la loi, la participation à la société et la prévention des abus concernant les ressources publiques au cœur des politiques publiques. Aucun système de protection sociale ne peut rester efficace face à la fraude organisée, à l’utilisation abusive des prestations ou aux violations des conditions légales de séjour sans contrôle ni évaluation continus. De même, aucune politique migratoire ne peut réussir sans tenir compte des besoins réels du marché du travail et des capacités des services publics. Plutôt que de rester prisonnière de deux approches extrêmes — l’accueil sans planification d’un côté et la criminalisation généralisée des immigrés de l’autre —, l’Europe doit mettre en place un système rigoureux et applicable, dans lequel les droits des véritables réfugiés sont préservés, les abus du système migratoire font l’objet de réponses légales et les personnes ayant commis des crimes graves sont confrontées aux conséquences juridiques de leurs actes, dans le respect des obligations légales de leur pays d’accueil.
Parallèlement aux crises sécuritaires et sociales internes, l’Europe doit enfin accepter cette réalité amère : les politiques de complaisance, la passivité politique et les réactions de façade face à la République islamique d’Iran et au Corps des gardiens de la révolution islamique n’ont non seulement pas permis de contenir les comportements menaçants des dirigeants de Téhéran, mais ont également renforcé chez ces derniers la conviction dangereuse qu’ils peuvent contraindre les gouvernements européens à reculer en menaçant la sécurité internationale, en provoquant des crises sur les voies d’acheminement de l’énergie et en utilisant la pression économique. Jusqu’à quand les responsables politiques européens vont-ils se contenter de publier des communiqués répétitifs, d’exprimer des préoccupations diplomatiques, de prononcer des condamnations sans effet et de multiplier les déclarations grandiloquentes face aux menaces du régime des mollahs de la République islamique, alors que ce sont les citoyens européens qui paient le véritable prix de cette inaction à travers la hausse des prix des carburants, l’inflation, la diminution de leur pouvoir d’achat et l’aggravation du mécontentement social ? Le détroit d’Ormuz, l’une des artères les plus vitales du commerce énergétique mondial, ne doit pas devenir un instrument de chantage politique et économique entre les mains des Gardiens de la révolution. Aucun régime ne doit pouvoir prendre en otage l’économie d’autres pays au service de ses ambitions idéologiques et expansionnistes en menaçant la navigation maritime internationale. La question fondamentale est la suivante : les dirigeants européens n’ont-ils toujours pas compris que le régime de la République islamique, contrairement aux États qui respectent les règles conventionnelles de la diplomatie, a démontré à maintes reprises qu’il utilise la provocation de tensions, les menaces et la création de crises comme instruments de politique étrangère ? N’est-il pas temps que les services de renseignement européens, au-delà de l’examen du rôle de la République islamique dans la crise énergétique, étudient également avec le plus grand sérieux la possibilité que des réseaux liés aux Gardiens de la révolution exploitent les mécontentements sociaux, mènent des opérations d’infiltration et cherchent à accentuer l’instabilité politique ?
L’Europe doit une fois pour toutes sortir de l’illusion selon laquelle il serait possible de modifier le comportement du régime des mollahs de la République islamique au moyen de communiqués diplomatiques, de condamnations verbales et de demandes polies. Il s’agit d’un régime qui a fondé la survie de sa structure de pouvoir sur la répression de ses opposants à l’intérieur du pays, l’expansion de son influence régionale et le recours à des instruments de pression sécuritaires et militaires. Le moment est venu pour les dirigeants européens de remplacer la répétition de slogans inutiles par des mesures concrètes, coordonnées et dissuasives : du gel des avoirs et des réseaux financiers liés aux Gardiens de la révolution et aux institutions responsables d’activités illégales à l’application rigoureuse de sanctions ciblées, en passant par les poursuites judiciaires contre les auteurs d’opérations menaçantes sur le territoire européen, l’expulsion de diplomates, la restriction des activités de couverture des réseaux de renseignement et le renforcement de la présence militaire ainsi que de la coopération navale internationale afin de protéger la liberté de navigation dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz. Au lieu de rechercher, après chaque nouvelle crise, une solution provisoire dans l’inquiétude et l'anxiété, l’Union européenne doit augmenter le coût réel des menaces contre la sécurité internationale pour les décideurs de la République islamique et leur démontrer que l’époque où ils pouvaient utiliser sans conséquence les menaces militaires et les pressions économiques contre d’autres pays ne saurait se prolonger indéfiniment. Ce que l’on attend aujourd’hui des dirigeants européens, ce ne sont ni des communiqués répétitifs ni des slogans de propagande, mais une véritable volonté politique d’exercer des pressions juridiques, économiques, financières, militaires et diplomatiques efficaces contre les structures responsables des menaces et de la répression. Le silence et l’inaction face au régime de la République islamique ne constituent ni une preuve de sagesse diplomatique ni une garantie de paix et de stabilité. Lorsqu’ils ne s’accompagnent pas de mesures dissuasives efficaces, ils peuvent, au contraire, encourager une intensification des comportements agressifs. Les responsables politiques européens doivent comprendre que la défense de la sécurité économique des citoyens, la protection du commerce international et la lutte contre les menaces des Gardiens de la révolution constituent des responsabilités qui ne peuvent être indéfiniment reportées à coups de discours et de communiqués. Car un régime qui utilise les menaces et la création de crises comme moyens d’obtenir des concessions doit être confronté à des coûts réels, tangibles et juridiquement fondés, et non à des condamnations dépourvues de toute conséquence pratique pour ses décideurs.
Les événements survenus en octobre en France, en Belgique et en Italie, quelles que soient les conclusions auxquelles aboutiront les enquêtes judiciaires concernant les auteurs des violences, ont une nouvelle fois mis en évidence l’importance de la préparation sécuritaire, de la gestion des crises et de la responsabilité politique. Les gouvernements européens ne peuvent se contenter de condamner les responsables après la survenue de destructions et de troubles. Ils doivent, avant l’organisation de rassemblements présentant des risques élevés, procéder à des évaluations appropriées en matière de renseignement, protéger les sites sensibles, établir une distinction opérationnelle entre les manifestants pacifiques et les auteurs de violences et garantir que la réponse des forces de l’ordre sera proportionnée, légale et efficace. Il est également indispensable que les mécanismes d’indemnisation des citoyens et des entreprises victimes de violences soient transparents et efficaces, et que les institutions compétentes rendent compte des éventuelles défaillances dans la prévention et la gestion des crises. La sécurité publique n’est pas un privilège politique que les gouvernements peuvent accorder ou négliger en fonction des circonstances électorales ; elle constitue l’un des droits les plus élémentaires des citoyens et l’une des obligations les plus fondamentales de l’État.
L’Europe ne doit pas permettre que la lutte contre l’extrémisme se transforme en une compétition idéologique dans laquelle seules les violences des adversaires politiques seraient condamnées, tandis que celles des mouvements plus proches du pouvoir seraient ignorées sous couvert de justifications sociales ou historiques. Les mêmes critères appliqués à la lutte contre les violences de l’extrême droite doivent également s’appliquer à l’extrême gauche violente et à l’islamisme radical. Aucun groupe ne doit pouvoir échapper à sa responsabilité concernant des actes criminels en invoquant la justice sociale, la résistance politique ou la défense de l’identité religieuse. Ce principe est non seulement indispensable à l’équité judiciaire, mais également essentiel au maintien de la confiance du public envers les institutions démocratiques. Car les citoyens ne respecteront véritablement la loi que s’ils ont la certitude que son application ne dépend pas de considérations partisanes, religieuses ou idéologiques.
Les dirigeants européens doivent reconnaître que la tolérance à l’égard des opinions différentes ne saurait être confondue avec la tolérance envers la violence et les atteintes aux droits d’autrui, et qu’une société libre doit nécessairement faire preuve de fermeté face aux actes criminels pour préserver sa propre liberté. La liberté d’expression ne signifie pas la liberté de menacer ou d’inciter directement à la violence. La liberté de réunion ne constitue pas une autorisation de piller et de détruire. La liberté religieuse ne confère pas davantage le droit d’imposer des lois religieuses aux autres citoyens. De la même manière, le droit de demander l’asile ne doit pas signifier une exemption des vérifications légales relatives à l’identité et aux antécédents sécuritaires, et le bénéfice d’une protection sociale ne doit pas faire obstacle aux enquêtes sur les fraudes et les abus. Ce dont l’Europe a besoin, c’est d’un retour à l’application rigoureuse des principes qu’elle a elle-même consacrés dans ses constitutions et ses instruments juridiques : des principes qui garantissent les libertés individuelles tout en établissant des limites claires aux comportements violents et illégaux.
En définitive, les événements survenus ces derniers jours en Europe doivent devenir, pour les dirigeants européens, une occasion de réévaluer leurs politiques sécuritaires, sociales, migratoires et étrangères, et non simplement un sujet de débats médiatiques et de condamnations politiques pendant quelques jours. Si les gouvernements européens ne tirent pas parti de cette expérience pour renforcer leurs services de renseignement, réformer les politiques migratoires inefficaces, combattre légalement les réseaux extrémistes, accroître leur résilience économique et réduire leur dépendance à l’égard des voies d’approvisionnement énergétique vulnérables, le risque de voir se reproduire des crises similaires demeurera. Les responsables politiques chargés de gouverner des sociétés libres doivent répondre de la sécurité des citoyens qui ne veulent pas voir leurs commerces, leurs habitations, leurs véhicules ou le patrimoine culturel de leurs villes devenir les victimes de violences urbaines, avec la même détermination qu’ils défendent les droits des manifestants.
L’Europe se trouve face à un choix fondamental : soit elle entreprend, avec réalisme, transparence et volonté politique, de corriger ses faiblesses sécuritaires et structurelles, soit elle continue à laisser s’accumuler les problèmes non résolus, permettant à chaque nouvelle crise d’approfondir davantage le fossé entre les citoyens et les institutions publiques. La lutte contre l’extrême gauche violente, l’islamisme autoritaire, les abus du système migratoire et les menaces extérieures doit s’inscrire dans une politique globale fondée sur l’État de droit, et non dans une succession de réactions temporaires et dispersées. Aucune société ne peut préserver sa liberté et sa sécurité par de simples slogans, et aucune civilisation ne peut demeurer à l’abri de la violence organisée sans être capable de défendre ses institutions, ses valeurs et les droits de ses citoyens. Les événements survenus en France doivent constituer un signal d’alarme pour l’ensemble de l’Europe ; un avertissement dont l’importance ne réside pas dans la volonté de susciter la peur à l’égard de groupes sociaux, mais dans la nécessité de mettre fin à la passivité politique et d’assurer une application responsable de la loi. Car l’avenir de l’Europe dépendra, plus que de toute autre chose, de la capacité de ses gouvernements à protéger simultanément la liberté, la sécurité et la confiance publique.
