
Dans l’histoire politique des nations, il existe une différence fondamentale entre celui qui se proclame dirigeant et celui qui devient le point de convergence d’un mouvement politique. Le premier peut accéder à cette position en publiant une déclaration, en constituant un conseil, en s’attribuant un titre pompeux ou en rassemblant un groupe de partisans. Le second, en revanche, est le produit d’un processus autrement plus complexe, dans lequel l’histoire, la confiance sociale, la continuité de l’engagement politique, la capacité de mobilisation populaire et la reconnaissance internationale se conjuguent.
Aucune organisation ne peut désigner le dirigeant d’une nation en élisant son propre président. Aucun parti politique n’acquiert le monopole de la représentation des citoyens par la simple publication d’une charte, et aucune personnalité médiatique ne devient, du seul fait de sa notoriété, l’incarnation d’un leadership national.
Cette distinction constitue le point de départ de l’analyse de la place du prince Reza Pahlavi au sein de l’opposition à la République islamique. Près de cinq décennies après la révolution de 1979, il demeure l’une des figures politiques les plus importantes de l’opposition au régime et représente, pour une très large partie des Iraniens unis, le symbole du leadership national et le principal point de ralliement de la transition hors de la République islamique.
Parallèlement, l’opposition iranienne a vu, au cours de ces mêmes décennies, apparaître puis décliner des organisations, des conseils, des coalitions et des personnalités qui ont, chacun à leur époque, prétendu détenir la solution définitive pour l’avenir du pays. Certains ont institutionnalisé leur titre de dirigeant au sein de leur propre appareil organisationnel ; d’autres se sont prévalus de leur passé militant ou de leur visibilité médiatique pour revendiquer une primauté politique ; d’autres encore, à travers des programmes régionaux et identitaires, cherchent à définir leur place dans le futur ordre politique.
Mais une question fondamentale demeure : lesquels de ces prétendants sont parvenus à établir un lien durable entre légitimité historique, implantation sociale, capacité de mobilisation politique et reconnaissance internationale ?
La cérémonie du 7 novembre 2026, organisée dans l’église historique Saint-Paul de Francfort, a replacé cette interrogation au centre de l’attention. La Fondation Friedrich-Naumann pour la liberté a décerné son Prix de la liberté 2026 au peuple iranien et a choisi le prince Reza Pahlavi pour le recevoir à titre de dépositaire.
Cet événement revêt une importance politique particulière. Alors que de nombreuses organisations et personnalités se présentent comme les porte-parole de la lutte des Iraniens, une fondation politique européenne reconnue a choisi le prince Reza Pahlavi pour recevoir symboliquement une distinction destinée à la nation iranienne.
Ce choix, considéré à la lumière d’autres éléments, montre que la reconnaissance politique du prince Reza Pahlavi ne se limite pas à la communauté iranienne, mais trouve également un écho dans les relations internationales.
Le prix décerné à Francfort ne constituait pas la première distinction internationale attribuée au prince Reza Pahlavi.
En 2016, lors de la cérémonie internationale des « Champions des valeurs juives », organisée à New York, il a reçu le Prix du champion des droits de l’homme. En 2023, l’organisation républicaine Log Cabin Republicans lui a également rendu hommage en lui décernant un prix saluant son courage dans l’expression de ses positions politiques.
En octobre 2024, la Fondation Richard Nixon lui a attribué le prix « Architecte de la paix » à la Bibliothèque et au Musée présidentiels Richard Nixon, en Californie.
Ces distinctions émanent d’institutions aux histoires et aux domaines d’activité différents. Leur importance collective réside dans la continuité de l’attention internationale portée aux activités politiques du prince Reza Pahlavi.
En novembre 2026, la Fondation Friedrich-Naumann a ajouté une nouvelle dimension à ce parcours en désignant le peuple iranien comme lauréat du Prix de la liberté et le prince Reza Pahlavi comme dépositaire de cette distinction.
Dans l’analyse de la position des dirigeants politiques, la reconnaissance internationale ne se réduit pas aux rencontres avec des responsables politiques étrangers ou à la participation à des conférences publiques. Il existe une différence essentielle entre les relations politiques, les activités de communication et le fait d’être choisi pour remplir un rôle symbolique lors d’un événement reconnu.
Au cours des dernières décennies, de nombreuses organisations de l’opposition ont cherché à établir des relations avec des parlementaires, des personnalités politiques et des institutions étrangères, dépensant à cette fin des millions de dollars sous forme de chèques. Toutefois, de telles relations ne constituent pas, en elles-mêmes, la preuve que leurs prétentions au leadership ont été reconnues.
De ce point de vue, le prix de Francfort met en évidence une partie du capital politique du prince Reza Pahlavi ; un capital qui, associé à la continuité de son engagement et au soutien social dont il bénéficie, constitue le fondement de l’argumentation en faveur de sa position de dirigeant national.
L’une des erreurs les plus fréquentes dans l’analyse de l’opposition iranienne consiste à confondre la direction d’un parti avec celle d’un mouvement national.
Le président d’une organisation tire ses prérogatives des statuts et des rapports internes de cette organisation. De même, le secrétaire général d’un parti, même lorsqu’il dispose d’un appareil structuré, est avant tout responsable de la gestion de ce parti. Aucun de ces titres ne confère, à lui seul, le droit de représenter une nation.
À l’inverse, le leadership national prend tout son sens dans la capacité à dépasser les frontières d’une organisation pour devenir un point de convergence entre différentes forces sociales.
Pour les Iraniens, le prince Reza Pahlavi occupe précisément cette place. Le capital historique de la dynastie Pahlavi, la continuité de son engagement politique, ses relations internationales, sa défense de l’intégrité territoriale de l’Iran et son insistance sur le droit du peuple à déterminer la forme du futur régime constituent autant de facteurs qui distinguent sa position de celle d’un dirigeant d’appareil partisan.
Dans cette perspective, le prince Reza Pahlavi est le dirigeant national et le choix des Iraniens unis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Une grande partie des Iraniens opposés au régime le considère comme le principal point de convergence d’une part importante des forces hostiles à la République islamique.
Cette position ne saurait être assimilée à un titre attribué à son président par un conseil restreint. La différence entre les deux réside dans la distinction entre un capital politique acquis par une présence dans l’espace public et une autorité définie à l’intérieur d’un appareil organisationnel.
C’est précisément cette distinction qui révèle la faiblesse fondamentale de nombreux prétendants à la direction de l’opposition.
En mettant l’accent sur la transition hors de la République islamique, la laïcité, l’intégrité territoriale et le droit du peuple à choisir, le prince Reza Pahlavi propose un cadre politique qui s’oppose aux fondements idéologiques du régime théocratique.
Alors que la République islamique fait de la préservation du système du velayat-e faqih, ou gouvernement du jurisconsulte islamique, son principe fondamental, le prince Reza Pahlavi défend l’idée que la forme du futur régime, monarchique ou républicain, doit être soumise au libre vote des citoyens.
Si l’on souhaite examiner l’exemple le plus manifeste d’une revendication organisationnelle de leadership au sein de l’opposition iranienne, il est impossible de passer sous silence Maryam Radjavi et l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).
Le Conseil national de la résistance iranienne présente Maryam Radjavi sous le titre de « présidente élue pour la période de transition ». Mais une question fondamentale se pose : par qui cette élection a-t-elle été effectuée et selon quel mécanisme de participation populaire ?
Ce titre résulte d’une décision prise au sein des structures du Conseil national de la résistance iranienne, et non d’une élection libre organisée parmi le peuple iranien.
La différence entre ces deux situations ne relève pas d’une simple querelle de mots. Dans son acception démocratique, le titre de président repose sur le suffrage des citoyens et sur des mécanismes de responsabilité devant la population. Lorsqu'une organisation politique désigne à l’avance un président pour une période de transition, elle doit expliquer en quoi ce titre est compatible avec le droit du peuple à choisir librement ses dirigeants.
La crise de crédibilité de l’Organisation des Moudjahidine du peuple ne se limite cependant pas à cette question de titre.
Cette organisation s’est constituée autour d’un mélange d’islamisme et de gauche révolutionnaire. Dès avant la révolution de 1979, elle s’est engagée dans la lutte armée ainsi que dans des opérations suicides et terroristes. Après la révolution, elle a également entrepris une confrontation armée avec la République islamique.
Mais l’un des chapitres les plus honteux et les plus graves de son histoire demeure son installation sur le territoire irakien et sa collaboration militaire avec le régime de Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak. Du point de vue des intérêts nationaux iraniens, cet acte constitue une trahison manifeste envers la patrie et le peuple iranien, ainsi qu’un alignement sur l’ennemi agresseur engagé dans une guerre contre le pays.
Pendant la guerre, les forces de l’Organisation des Moudjahidine du peuple ont pénétré à plusieurs reprises sur le territoire iranien depuis l’Irak afin d’y mener des opérations militaires. Sous l’angle de la responsabilité nationale, cette collaboration constitue un exemple manifeste de la primauté accordée aux intérêts de l’organisation sur ceux du pays.
À cela s’ajoutent des accusations de participation à des massacres de compatriotes civils, qui figurent parmi les questions soulevées dans l’examen du passé de violence politique de cette organisation et qui devront, à l’avenir, être examinées sur la base de dossiers et de preuves précis devant une juridiction nationale équitable. Le régime de Saddam Hussein a par ailleurs apporté à cette organisation un soutien financier et logistique jusqu’à sa chute en 2003.
La collaboration militaire avec le régime d’un pays en guerre contre l’Iran n’est pas une décision que l’on peut effacer de la mémoire historique en modifiant des slogans politiques ou en organisant des conférences internationales.
Du point de vue de la mémoire historique nationale iranienne, ce passé soulève une interrogation fondamentale quant à la responsabilité politique des dirigeants de l’Organisation des Moudjahidine du peuple : comment une organisation qui, à l’un des moments les plus sensibles de l’histoire contemporaine de l’Iran, s’est rangée aux côtés du régime de Saddam Hussein peut-elle aujourd’hui prétendre exercer un leadership national sur ce même pays ?
Le deuxième problème concerne la structure interne de cette organisation.
Dans son rapport de 2005 intitulé No Exit (« Sans issue »), Human Rights Watch a recueilli des témoignages bouleversants faisant état de détentions arbitraires, de longues périodes d’isolement carcéral, de passages à tabac, de tortures, de viols et de répression visant des membres dissidents et d’anciens membres de l’Organisation des Moudjahidine du peuple.
Ce rapport contient également des témoignages concernant la mort de deux membres au cours d’interrogatoires internes. En outre, d’autres récits et rapports ont fait état d’accusations relatives à l’élimination physique d’opposants internes, à des meurtres de membres dissidents au sein de l’organisation et à des violences exercées contre ceux qui l’avaient quittée.
Le passé de l’Organisation des Moudjahidine du peuple ne se limite pas à la trahison nationale, à la collaboration militaire avec le régime de Saddam Hussein et aux accusations de violations des droits de ses membres dissidents.
Cette organisation a figuré pendant de nombreuses années sur les listes officielles des organisations terroristes des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Union européenne.
En octobre 1997, le département d’État américain a inscrit les Moudjahidine du peuple sur sa liste des organisations terroristes étrangères. En 2003, le Conseil national de la résistance iranienne a également été identifié, dans le cadre des sanctions antiterroristes, comme l’une des dénominations associées à cette organisation.
Le Royaume-Uni, en 2001, puis l’Union européenne, dans le cadre de sa liste commune antiterroriste, ont également soumis cette organisation aux interdictions et restrictions correspondantes.
Bien que les Moudjahidine du peuple aient été retirés de ces listes respectivement en 2008 au Royaume-Uni, en 2009 dans l’Union européenne et en 2012 aux États-Unis, le département d’État américain a souligné, lors de l’annonce de leur retrait en septembre 2012, que les actes terroristes commis par l’organisation dans le passé, notamment son rôle dans la mort de citoyens américains durant les années 1970, n’avaient pas été oubliés.
Par conséquent, le retrait de cette organisation des listes terroristes ne saurait être assimilé à l’effacement de son passé historique.
Ces éléments soulèvent de sérieuses interrogations sur les relations internes à l’organisation et sur les droits de ses membres.
La démocratie n’est pas seulement un slogan destiné à l’avenir ; elle constitue également un critère permettant d’évaluer les comportements politiques dans le présent. Une organisation qui aspire à gouverner un pays doit être capable de démontrer l’existence de mécanismes transparents de désignation de ses dirigeants, d’alternance du pouvoir, de droit à la dissidence et de responsabilité interne.
Dans ce contexte, le titre autoproclamé de « présidente élue » attribué à Maryam Radjavi, qui ne résulte pas du libre suffrage du peuple iranien mais d’une décision interne au Conseil national de la résistance iranienne, devient lui-même, plutôt qu’une réponse à la crise de légitimité politique de l’Organisation des Moudjahidine du peuple, l’une des interrogations les plus fondamentales concernant sa prétention à représenter la nation.
Comment peut-on s’attribuer le titre de président sans avoir obtenu les suffrages du peuple et prétendre simultanément défendre la souveraineté nationale et la démocratie ?
En février 2026, le prince Reza Pahlavi a déclaré qu’il n’accepterait pas l’Organisation des Moudjahidine du peuple au sein de la coalition politique qu’il envisageait. Cette position a tracé une frontière claire entre la trahison nationale et la révolution nationale ; une frontière dont les racines doivent être recherchées dans l’histoire, la confiance politique et le choix national.
Maryam Radjavi et le Conseil national de la résistance iranienne peuvent définir tous les titres qu’ils souhaitent au sein de leur propre organisation. Mais un titre organisationnel ne remplace pas la crédibilité nationale, et une nomination interne, pas plus qu’un titre autoproclamé, ne confère en elle-même le droit de représenter une nation.
Une autre dimension de la crise de l’opposition iranienne doit être recherchée dans le parcours des courants de la gauche révolutionnaire et des organisations qui continuent à tenter de tirer leur légitimité de l’héritage politique de la révolution de 1979.
Le Parti Toudeh d’Iran, l’Organisation des Fedaï du peuple iranien (Majorité), les courants issus de scissions de la tradition fedaïe et certaines organisations de la gauche autoritaire possèdent chacun leur histoire et leurs positions propres.
Toutefois, toute analyse de ces mouvements resterait incomplète si elle ne prenait pas en considération leurs rapports historiques avec la révolution, le marxisme-léninisme, le concept de parti d’avant-garde et l’expérience des régimes à parti unique.
Le Parti Toudeh d’Iran a soutenu le régime à certaines périodes des premières années de la République islamique, une position qui demeure aujourd’hui importante pour l’évaluation de son parcours politique.
L’Organisation des Fedaï du peuple iranien (Majorité) a également suivi, durant une partie de cette période, une politique de soutien à la faction dite de la « ligne de l’Imam ».
Ces précédents placent les défenseurs actuels de la liberté devant une question sérieuse : comment peut-on se réclamer de la démocratie sans rendre clairement compte du soutien historique apporté à des forces qui ont contribué à la consolidation de la République islamique ?
Changer le nom d’une organisation, publier une nouvelle charte ou adopter un vocabulaire démocratique ne suffit pas à transformer son passé politique.
Le Parti de la gauche d’Iran (Fedaï du peuple) et les autres courants issus de la tradition de gauche doivent, pour démontrer leur crédibilité actuelle, clarifier leur rapport à cet héritage. Le critère d’évaluation ne réside pas seulement dans l’appellation actuelle de l’organisation, mais dans ses positions concrètes, son comportement historique et son degré d’attachement effectif au pluralisme politique.
Parallèlement à ces mouvements, des conseils et des organisations républicaines ont également tenté, au cours des dernières années, de jouer un rôle déterminant dans l’avenir de l’Iran, en publiant des chartes, en constituant des coalitions ou en présentant des structures destinées à gérer la transition.
Parmi ces structures figurent notamment le « Conseil de gestion de la transition » et la coalition « Hamgami pour une République laïque et démocratique en Iran ».
La question essentielle concernant ces structures est que la constitution d’un conseil et la désignation de ses membres ne prouvent pas, en elles-mêmes, leur représentativité au sein de la société iranienne.
La prétention à diriger la transition n’acquiert une crédibilité politique que lorsqu’elle s’accompagne de preuves d’une implantation sociale, d’une capacité opérationnelle, de mécanismes de responsabilité et d’une aptitude à favoriser la convergence des forces politiques.
C’est ici que la différence avec la position du prince Reza Pahlavi devient manifeste. Les Iraniens patriotes considèrent son leadership non comme le produit d’une nomination partisane, mais comme le résultat de la convergence entre un capital historique, la continuité de son engagement politique et le soutien social.
Pour les mouvements qui continuent à agir essentiellement dans les limites de leurs appareils et de leurs cercles politiques, la question fondamentale consiste à déterminer comment dépasser la simple revendication de représentativité et démontrer une véritable acceptation sociale.
Ces dernières années, l’opposition à la République islamique a été le théâtre de plusieurs tentatives de constitution de coalitions entre personnalités connues.
L’un des exemples les plus importants fut la coalition « Solidarité pour la liberté et la démocratie en Iran », constituée en 2023, à laquelle participaient plusieurs personnalités politiques et médiatiques ainsi que des militants de la société civile.
Cependant, cette coalition n’a pas réussi à se transformer en une structure durable. Des divergences internes ont entraîné le départ de certains membres et la désintégration de leur coopération.
Cette expérience présente un intérêt particulier du point de vue de la sociologie politique.
La notoriété médiatique, l’engagement en faveur des droits de l’homme, l’expérience des démarches visant à obtenir justice pour les victimes ou la possession d’une large audience sur les réseaux sociaux peuvent chacun constituer un capital précieux dans leur domaine respectif. Mais l’addition de plusieurs capitaux individuels ne conduit pas nécessairement à l’émergence d’un leadership politique cohérent.
Une personne connue pour ses campagnes médiatiques contre le port obligatoire du voile peut réussir à attirer l’attention de l’opinion publique internationale. Mais le succès médiatique ne démontre pas, à lui seul, une capacité à organiser une transition politique.
De même, une personne devenue célèbre grâce à son combat pour obtenir justice pour les victimes d’une tragédie nationale dispose d’un capital moral et social important. Toutefois, ce capital ne doit pas être assimilé à un leadership national sans examen préalable de ses capacités politiques et de son programme opérationnel.
La même distinction s’applique aux figures reconnues de la résistance civile et de la lutte pour les droits de l’homme. Le prestige acquis par l’emprisonnement, la lutte contre les discriminations ou l’obtention de distinctions internationales ne signifie pas nécessairement que ces personnes revendiquent un rôle de dirigeant politique.
La critique principale ne vise donc pas les activités civiles ou les démarches de justice elles-mêmes. Elle porte sur l’idée qu’il serait possible de créer un leadership national en réunissant des personnalités célèbres sans accord durable sur une stratégie, une structure décisionnelle et des responsabilités opérationnelles.
L’expérience des coalitions instables a montré que l’unité politique ne se construit ni par la publication d’une photographie commune ni par la signature d’une charte.
À l’inverse, pour les Iraniens opposés au régime, la position du prince Reza Pahlavi repose sur la continuité d’une présence politique qui ne s’est jamais limitée à une coalition circonstancielle.
Une autre question importante dans l’analyse des prétendants à la direction de l’opposition concerne la place des partis et organisations qui concentrent leur activité politique sur des revendications ethniques, régionales ou fondées sur l’appartenance à une nationalité.
Le Parti démocratique du Kurdistan d’Iran, Komala et ses différentes branches, le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), ainsi que d’autres formations présentes dans les coalitions politiques du Kurdistan iranien, figurent parmi les organisations ayant présenté des positions et des programmes différents concernant la future structure de l’État.
Ces partis ne sauraient être considérés comme identiques du point de vue de leurs objectifs politiques. Certains défendent le fédéralisme dans le cadre de l’Iran, tandis que d’autres courants ont avancé des revendications indépendantistes.
Néanmoins, un trait commun à nombre d’entre eux réside dans une organisation politique structurée autour de revendications régionales et identitaires.
La question fondamentale, dans un article consacré au leadership national, est la suivante : la direction d’un parti régional, même doté d’une longue expérience organisationnelle et de forces structurées, peut-elle constituer, à elle seule, le fondement d’une prétention à diriger l’ensemble de l’Iran ?
Le leadership national suppose la présentation d’un programme destiné à l’ensemble du pays et à tous ses citoyens ; un programme qui place les intérêts communs des Iraniens au-dessus des considérations partisanes et régionales restreintes.
Du point de vue du patriotisme et de la défense des intérêts nationaux iraniens, tout projet séparatiste visant à détacher une partie du territoire iranien et à modifier les frontières historiques et internationales du pays constitue une atteinte grave au principe de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale. Il doit faire l’objet d’une opposition ferme, légale et politique.
L’intégrité territoriale de l’Iran ne saurait faire l’objet de marchandages partisans, de revendications d’avantages organisationnels ou de compromis politiques.
Aucun parti, aucune organisation et aucun courant politique n’a le droit de se considérer comme propriétaire du destin d’une partie du territoire iranien ni de décider, au nom d’un groupe ethnique, de sa séparation du reste du pays.
De tels projets, outre la menace qu’ils font peser sur la cohésion nationale, peuvent entraîner des conséquences dévastatrices sur les plans sécuritaire, économique, démographique et juridique, et affecter les droits ainsi que l’avenir de millions de citoyens iraniens.
La défense de l’égalité des droits entre les citoyens et l’élimination des discriminations ethniques et régionales constituent des nécessités indéniables. Toutefois, ces droits ne doivent pas être instrumentalisés pour justifier le démembrement territorial de l’Iran.
De même, aucune organisation n’acquiert le droit exclusif de parler au nom de tous les habitants d’une région en se proclamant simplement représentante d’un groupe ethnique ou d’un territoire.
Cette observation revêt une importance particulière dans la société pluraliste iranienne.
Les citoyens kurdes, azéris, baloutches, arabes, turkmènes, persans et les autres composantes de la population possèdent des orientations politiques diverses. Il est impossible de les réduire aux positions d’un parti ou d’une organisation particulière.
En mettant l’accent sur l’intégrité territoriale et l’identité nationale iranienne, le prince Reza Pahlavi propose un cadre dans lequel le destin du pays doit être déterminé à l’échelle d’une communauté politique commune.
Pour les Iraniens qui le soutiennent, cette insistance sur l’unité nationale constitue précisément l’une des principales raisons de sa position de dirigeant : un leadership dont l’objet est l’ensemble de l’Iran, et non la gestion d’un appareil politique ou la représentation exclusive d’une région.
La cérémonie du Prix de la liberté à Francfort ne doit pas être considérée comme un événement purement protocolaire, sans rapport avec la situation politique de l’opposition iranienne.
L’église Saint-Paul, l’un des lieux historiques associés au mouvement constitutionnel et au parlementarisme allemand, a été choisie pour accueillir une cérémonie consacrée à la liberté du peuple iranien.
Dans ce lieu, un prix destiné à la nation iranienne a été confié au prince Reza Pahlavi, à titre de dépositaire.
Parallèlement, le rassemblement d’Iraniens patriotes à Francfort a mis en évidence la dimension sociale de cet événement.
Deux formes de reconnaissance politique se sont ainsi rejointes : l’attention d’une institution internationale et la présence visible des Iraniens dans l’espace public.
C’est précisément à ce point que la comparaison avec les prétendants concurrents prend toute son importance.
Le Conseil national de la résistance iranienne peut attribuer à Maryam Radjavi le titre de présidente élue ; mais ce titre ne représente pas, en lui-même, le suffrage du peuple iranien ni le choix national des opposants au régime.
Les partis de gauche peuvent revenir sur la scène politique sous de nouvelles appellations et avec de nouvelles chartes. Mais leur crédibilité actuelle ne peut être démontrée sans examen de leur passé historique et de leur base sociale.
Le « Conseil de gestion de la transition » et la coalition « Hamgami pour une République laïque et démocratique en Iran » peuvent proposer des structures pour l’avenir. Mais le simple fait de donner un nom à un conseil ne lui confère pas la compétence nécessaire pour conduire la transition.
Une coalition de personnalités médiatiques et de figures de la société civile peut également attirer l’attention du public à certaines périodes. Toutefois, l’expérience a montré que la notoriété de ses membres ne garantit ni la pérennité ni la cohésion politique d’une coalition.
Les partis régionaux et ethnocentrés peuvent, eux aussi, revendiquer la représentation des aspirations d’une partie de la société. Mais ni leur passé organisationnel ni leur prétention à parler au nom d’un groupe ethnique ne leur confèrent, en eux-mêmes, le droit de représenter l’ensemble de la nation iranienne.
En particulier, les courants qui inscrivent l’indépendantisme et la modification des frontières nationales dans leur programme politique doivent expliquer comment ils entendent concilier un tel programme avec la responsabilité d’un leadership national et la défense de l’intégrité territoriale de l’Iran.
À l’inverse, le prince Reza Pahlavi dispose d’un ensemble de facteurs que ses partisans considèrent comme les fondements de son leadership national : un capital historique, une continuité politique, une présence sociale, des relations internationales et la défense de l’intégrité du pays.
Aucun de ces facteurs ne doit être examiné indépendamment des autres. Leur importance politique réside dans les liens qu’ils établissent entre eux.
La crise de l’opposition à la République islamique tient moins à une pénurie de partis, d’organisations, de conseils ou de personnalités politiques qu’à un problème plus fondamental : le fossé qui sépare la revendication du leadership de la possession d’une crédibilité sociale permettant de l’exercer.
Près de cinq décennies après la révolution de 1979, de nombreuses formations, sous des appellations diverses, allant des conseils de résistance et de gestion de la transition aux coalitions républicaines et aux organisations régionales, ont tenté de se réserver une place déterminante dans l’avenir politique de l’Iran.
Pourtant, ni la création d’une organisation, ni la rédaction d’une charte, ni la désignation d’un président, ni même l’accès à des tribunes internationales ne répondent, à eux seuls, à la question fondamentale de la légitimité politique : qui s’arroge le droit de parler au nom de la nation iranienne, avec quel soutien social et sur la base de quel mécanisme ?
L’examen du parcours de ces mouvements montre que leur prétention à représenter la population ne peut être évaluée indépendamment de leur responsabilité historique.
La trahison nationale et la collaboration militaire de l’Organisation des Moudjahidine du peuple avec le régime de Saddam Hussein pendant la guerre Iran-Irak, les positions favorables à la République islamique adoptées par certains courants de la gauche révolutionnaire durant les premières années de son installation, les divergences et l’instabilité de certaines coalitions politiques, ainsi que la contradiction entre les projets séparatistes et le principe de l’intégrité territoriale de l’Iran, ne sont pas des questions que l’on peut éluder en changeant le nom d’une organisation, en publiant de nouvelles déclarations ou en réinterprétant le passé.
Tout mouvement prétendant exercer un leadership doit, avant de réclamer la confiance du public, rendre compte de son passé historique, des fondements de sa légitimité, de ses mécanismes décisionnels et des conséquences de son programme politique.
Dans ce contexte, la position du prince Reza Pahlavi revêt, aux yeux des Iraniens qui soutiennent son leadership national, une nature différente.
Elle ne résulte ni d’une nomination au sein d’un conseil partisan ni d’un titre accordé à un dirigeant par un groupe restreint.
La continuité de près de cinq décennies d’engagement politique, le capital historique de la dynastie Pahlavi, son attachement à la laïcité et à l’intégrité territoriale, sa défense du droit du peuple à déterminer le futur régime et sa présence sur la scène internationale constituent l’ensemble des facteurs sur lesquels repose le soutien à son leadership national.
L’importance de cette distinction réside dans le fait que la direction d’une organisation relève de ses affaires internes, tandis que le leadership d’un mouvement national ne prend son sens que dans son rapport à la société et dans sa capacité à créer une convergence entre différentes forces.
De ce point de vue, pour les Iraniens unis qui le soutiennent, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, le prince Reza Pahlavi n’est pas simplement une personnalité politique ou l’héritier d’un passé historique. Il constitue le point de convergence du leadership national dans la lutte pour mettre fin à la République islamique et assurer la transition vers un ordre fondé sur l’État de droit et la volonté des citoyens.
L’événement du 7 novembre 2026 à Francfort prend également tout son sens dans ce cadre.
La Fondation Friedrich-Naumann a décerné son Prix de la liberté au peuple iranien et a choisi le prince Reza Pahlavi pour le recevoir à titre de dépositaire.
Son importance réside dans le rayonnement international de la position politique d’une personnalité engagée depuis de nombreuses années dans l’opposition à la République islamique et bénéficiant d’un soutien manifeste au sein d’une partie de la société iranienne.
C’est pourquoi le prix de Francfort doit être examiné en relation avec les autres composantes de la crédibilité politique.
La reconnaissance internationale acquiert une signification et une importance politiques lorsqu’elle s’accompagne d’une présence sociale, d’un choix national, d’une continuité dans l’action politique et d’un programme clair pour l’avenir du pays.
Dans le cas contraire, aucun prix, aucune rencontre diplomatique et aucun soutien étranger ne peuvent, à eux seuls, constituer la source d’une légitimité nationale.
Le destin politique de l’Iran ne doit pas non plus être réduit à une compétition autour de titres autoproclamés ou à des revendications de parts de pouvoir entre appareils politiques.
L’enjeu essentiel est de mettre fin à une structure qui a placé la souveraineté nationale sous la domination du velayat-e faqih et privé les citoyens de la possibilité de déterminer librement leur destin politique.
La transition hors d’un tel système exige une convergence des forces, un sens des responsabilités et l’acceptation d’un principe fondamental : aucun individu, aucun parti et aucune organisation n’est propriétaire de l’avenir de l’Iran.
Dans la perspective défendue par cet article, le prince Reza Pahlavi a acquis, grâce à son capital historique, à la continuité de son engagement politique, au soutien social dont il bénéficie et à ses relations internationales, une position centrale dans le leadership national des Iraniens unis contre la République islamique.
En définitive, l’histoire contemporaine de l’Iran place tous les prétendants devant une vérité politique : aucune organisation ne peut produire une légitimité nationale en nommant un dirigeant, de même qu’aucune organisation ne peut effacer sa responsabilité historique en réécrivant son passé.
La crédibilité politique ne découle pas de la grandeur des titres, mais du rapport entre les actes, la confiance publique et la responsabilité assumée à l’égard du destin du pays.
Le leadership national n’est pas une appropriation de la volonté du peuple ; il est une responsabilité envers cette volonté.
La légitimité d’un tel leadership ne se mesure pas à la revendication d’une représentativité, mais à la capacité de rassembler les forces sociales autour des intérêts communs de l’Iran et de remettre la décision finale entre les mains des citoyens.
Enfin, en tant qu’Iranien, je suis fier que le prince Reza Pahlavi, après près de cinq décennies de résistance inlassable contre la République islamique, de fidélité à l’idéal de liberté et de défense de l’intégrité territoriale de l’Iran, fasse aujourd’hui, en sa qualité de dirigeant national et de choix des Iraniens unis, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, une nouvelle fois l’objet d’une attention et d’une reconnaissance internationales.
Le choix de la Fondation Friedrich-Naumann de lui confier, à titre de dépositaire, le Prix de la liberté 2026, destiné au peuple iranien, représente pour moi bien davantage qu’un hommage protocolaire.
J’y vois un signe de fierté, témoignant de la reconnaissance internationale d’une personnalité qui considère la responsabilité de préserver l’idéal de liberté des Iraniens comme un devoir national.
Ce prix appartient au peuple iranien, et le prince Reza Pahlavi a été choisi par la fondation organisatrice pour en être le dépositaire ; un choix qui, à mes yeux, entretient un lien profond avec sa position de dirigeant national des Iraniens unis.
Ma fierté à l’égard du prince Reza Pahlavi est celle que m’inspirent la continuité du combat, la résistance face à la tyrannie, la fidélité à la patrie et l’engagement pour un avenir dans lequel l’Iran sera libre, laïque, uni et pleinement maître de sa souveraineté nationale.
L’histoire de l’Iran n’oubliera pas la détermination de ceux qui, dans les périodes les plus difficiles, n’ont jamais renoncé à leurs responsabilités envers leur patrie.
L’avenir de l’Iran ne sera déterminé ni par des conseils autoproclamés ni par des titres attribués à des individus derrière des portes closes.
La source ultime de la légitimité demeure le peuple iranien ; un peuple qui a le droit de déterminer son propre destin dans un pays libre, laïque, uni et régi par l’État de droit.
Vive l’Iran !
