
Le mouvement de protestation du peuple iranien n’est pas une simple explosion de colère ni une réaction à un événement isolé ; il constitue une nouvelle configuration d’une revendication historique : la reconquête de la souveraineté nationale face à un système qui a substitué l’État à la nation et transformé le pays — au lieu d’en faire la « maison commune des Iraniens » — en un « terrain d’administration idéologique ». Dans une telle lutte, l’arène principale n’est pas seulement la rue ; l’arène principale, c’est le sens. Celui qui contrôle le sens impose la direction ; celui qui fabrique le récit encadre l’avenir. C’est pourquoi tout grand mouvement national, parallèlement à la répression dure, subit une pression d’infiltration douce et de déviation narrative.
C’est précisément ici que la question d’un leadership national devient vitale. Un mouvement forgé par le sang et le courage du peuple, s’il est dépourvu de colonne vertébrale politique ou s’il est administré par une « ambiguïté organisée », finit tôt ou tard par s’épuiser — ou par être confisqué. Le leadership national n’est pas nécessaire pour créer une idole ou sacraliser un individu, mais pour empêcher le chaos, la fragmentation, les rivalités destructrices, et la transformation du mouvement en matière première pour les projets d’autrui.
Ces dernières années, le prince Reza Pahlavi a acquis, pour une large partie de la société iranienne, une telle position : symbole de la continuité historique État–nation de l’Iran, figure capable de permettre la convergence de courants divers, et point d’appui pour traduire la volonté de la rue dans le langage de la politique, de la diplomatie et de l’organisation. L’importance de ce rôle apparaît encore plus nettement lorsqu’on observe sur quoi misent les adversaires d’une transition nationale, ou les courants concurrents faiblement implantés : détruire la possibilité d’une « cohésion autour d’un axe national » et la remplacer par une dispersion sans finalité.
Pour comprendre, il faut saisir la logique du pouvoir. Tout régime répressif et tout courant marginal profite de trois états :
🔹 la division
🔹 l’ambiguïté
🔹 l’absence d’issue
Le leadership national est exactement l’inverse de ces trois états. Il signifie :
🔹 transformer une douleur commune en revendication précise
🔹 transformer la solidarité émotionnelle en stratégie
🔹 transformer la présence dans la rue en capital politique défendable
🔹 créer un centre de gravité pour l’unité et le dialogue
C’est pour cela qu’une partie de la pression propagandiste dans l’espace de l’opposition ne relève pas d’un « désaccord naturel », mais vise à « briser la colonne vertébrale » du mouvement. Quand la colonne vertébrale est brisée, le corps s’effondre — même s’il respire encore.
Les droits humains constituent une valeur fondamentale et une ligne rouge morale dans la lutte du peuple iranien. Mais cette valeur, lorsqu’elle est transformée en instrument de manœuvres politiques, peut produire l’effet inverse. La psychologie politique montre que les concepts qui :
🔹 rendent la contradiction moralement coûteuse
🔹 possèdent une définition extensible et interprétable
🔹 activent plus vite l’émotion que l’analyse
sont particulièrement vulnérables à la manipulation.
Dans de nombreux rassemblements à l’étranger, on mobilise des termes et des formes « humanitaires » pour fabriquer une immunité morale : toute question sérieuse sur l’objectif politique, les organisateurs, la sortie médiatique et le rapport de l’événement au processus de transition nationale est étouffée au moyen d’étiquettes telles que « diviseur », « politicien », « extrémiste » ou « anti–droits humains ». C’est là que commence la tromperie : au moment où poser des questions devient un péché.
Le schéma habituel de ces projets suit souvent plusieurs étapes :
🔹 Phase d’attraction : appel lancé dans un langage général et humain, sans position claire sur l’avenir
🔹 Phase d’ambiguïté : refus de tout marquage politique afin d’attirer un large public
🔹 Phase de cadrage : après l’événement, production d’un récit médiatique conforme à l’objectif des organisateurs
🔹 Phase de confiscation : utilisation de la présence sincère des participants pour étayer les prétentions politiques des réseaux en question
Dans ce cycle, un participant peut venir avec l’intention d’« être la voix du peuple iranien », tandis que la sortie médiatique est construite de manière à le placer dans un cadre qu’il n’a jamais souhaité : par exemple comme « opposant au leadership national », « défenseur d’un mouvement sans leader », « représentant d’une société civile apolitique », ou encore comme « opposant à Reza Pahlavi ». Cette conversion de l’intention en instrument est le cœur des opérations d’influence douce.
La tromperie politique ne s’appuie pas d’abord sur des personnes mauvaises ; elle s’appuie sur des personnes honorables et empathiques. Car ses points d’appui sont humains :
🔹 le désir d’être perçu comme moral
🔹 la fatigue face aux querelles
🔹 la peur des étiquettes et de la mise au ban
🔹 l’effet de foule : lorsque nous voyons un groupe, nous supposons plus facilement qu’il a raison
Ce ne sont pas des faiblesses morales ; ce sont des traits naturels de la psychologie humaine. L’habileté des courants de diversion consiste à transformer ces traits naturels en moteur de décision et à repousser la pensée critique.
Dans l’espace de la politique en exil et des rassemblements à l’étranger, les acteurs sont divers ; pourtant, les sorties déviantes se ressemblent souvent, car la logique médiatique et la logique d’influence se recouvrent.
Les gauches idéologiques travaillent généralement sur plusieurs axes :
🔹 affaiblir l’identité nationale au profit de récits idéologiques
🔹 nier l’idée de leadership via des slogans tels que « mouvement sans leader »
🔹 créer une sensibilité hostile aux symboles nationaux par des étiquettes générales et historiques
🔹 préférer un terrain moral flou à une décision politique claire
Les réseaux alignés sur la République islamique — pas nécessairement de manière ouverte et directe — profitent d’une situation où :
🔹 les forces d’opposition se détruisent mutuellement
🔹 la revendication de transition se fragmente en exigences dispersées
🔹 tout axe de cohésion nationale est saboté
Les Moudjahidine du peuple, en tant que structure sectaire disciplinée et centralisée, trouvent des conditions favorables non pas dans la compétition politique libre, mais dans le « vide de représentation » et l’« ambiguïté organisée ». Contrairement à des courants opportunistes ou dispersés, ce groupe dispose d’un appareil fermé, hiérarchique et contrôlant ; son passé coûteux et son bilan controversé ont réduit sa capacité de présence transparente dans l’espace public. Dès lors, sa stratégie principale n’est pas l’affirmation explicite, mais l’action indirecte à travers un réseau d’associations, de campagnes et d’initiatives prétendument indépendantes et « humanitaires ».
Dans ce modèle, le nom et l’identité organisationnelle sont volontairement effacés, le langage des appels est rendu général et « universel », et des personnes non affiliées sont recrutées pour constituer la foule, tandis que la gestion du message, le choix des porte-parole et le récit final demeurent sous le contrôle du réseau. L’objectif n’est pas de refléter la volonté réelle des participants, mais de produire une image médiatique consommable dans l’espace européen ; une image capable, par l’effacement de la mémoire historique et l’invocation de concepts moraux, de requalifier le groupe en acteur « légitime ».
Du point de vue de leur logique de survie, plus la représentation nationale est claire, inclusive et acceptée par l’opinion, plus la marge de manœuvre des structures sectaires se réduit. Ainsi, les projets visant à nier ou à affaiblir le leadership national, à détruire l’axe de cohésion et à suggérer l’inutilité d’un centre de décision deviennent, pour les Moudjahidine du peuple, une fenêtre d’opportunité : un espace où, à l’ombre de la confusion politique, ils peuvent se reproduire sans rendre de comptes et sans assumer de responsabilités.
Les faux opposants jouent souvent sur l’habileté médiatique et la manipulation des mots :
🔹 aujourd’hui sous le couvert des droits humains
🔹 demain sous le couvert de l’anti-guerre
🔹 après-demain sous le couvert de l’anti-sanctions
Mais leur constante est la même : ils évitent toujours toute clarté sur le chemin de la transition et la responsabilité politique, car leur objectif n’est pas l’aboutissement, mais la prolongation du terrain et l’exploitation de celui-ci.
Dans une perspective nationale, l’Iran a plus que tout besoin de cohésion : une cohésion qui, psychologiquement, crée de l’espoir ; politiquement, renforce le pouvoir de négociation ; diplomatiquement, augmente la capacité de représentation et de dialogue. C’est précisément la fonction du leadership national : transformer un peuple dispersé en nation unie.
Le rôle du prince Reza Pahlavi, pour ses soutiens, n’est pas seulement une préférence politique ; il relève d’une fonction nationale :
🔹 relier l’histoire et l’avenir sans s’enfermer dans la vengeance ou la nostalgie
🔹 insister sur l’unité nationale et éviter la guerre civile et la haine
🔹 rassembler des courants opposés sous un même toit commun
🔹 parler au niveau international sans dépendre d’États étrangers
🔹 remettre au centre le drapeau et les symboles nationaux comme langue commune des Iraniens
Il est naturel qu’un tel rôle soit perçu comme une menace par les courants idéologiques ou sectaires : le leadership national signifie la fin du marché des « représentations fictives ». Quand l’axe national se consolide, de nombreuses boutiques politiques vivant de l’ambiguïté et de la fragmentation ferment.
Une action politique responsable suppose des outils de discernement. Quelques critères concrets :
🔹 L’organisateur a-t-il une position claire sur la sortie de la République islamique, ou se contente-t-il de slogans vagues (« rassemblement humanitaire », « soutien au peuple innocent », « aucune figure, aucun drapeau, aucun parti ») ?
🔹 Existe-t-il un engagement transparent sur la sortie médiatique, ou l’organisateur publie-t-il ensuite n’importe quel récit au nom des participants (par exemple : « rassemblement contre un leadership autoproclamé ») ?
🔹 Les symboles nationaux et le drapeau au Lion et Soleil sont-ils au centre, ou volontairement marginalisés (interdiction du nom, de la photo ou des slogans de soutien au leader national, le prince Reza Pahlavi) ?
🔹 Les questions sont-elles tolérées, ou les critiques sont-elles réduites au silence par l’étiquetage (« avec nous ou avec la République islamique ») ?
🔹 Existe-t-il une structure de reddition de comptes, ou tout est-il géré dans un brouillard (« nous sommes une association de droits humains, nous ne faisons pas de politique ») ?
Un principe simple : un mouvement national ne craint pas la transparence. Celui qui craint la transparence a généralement quelque chose à cacher.
Le soutien politique ne devient effectif que lorsqu’il dépasse l’émotion et le slogan pour se transformer en comportement conscient. Les soutiens du prince Reza Pahlavi, en tant que partie prenante d’un chemin national, portent une responsabilité accrue dans le choix des lieux, des formes de présence et du message final. Quelques recommandations pratiques :
🔹 Avant toute participation, vérifiez l’objectif réel, l’historique des organisateurs et leur plan médiatique — pas seulement l’affiche ou le titre séduisant. Demandez ce qu’ils ont fait auparavant, pourquoi ils ont disparu, et pourquoi ils reviennent soudain avec des mots d’ordre ambigus (« rassemblement humanitaire », « sans aucune figure »).
🔹 Si un appel évite délibérément la question du leadership national et du chemin de transition, considérez ce silence comme un signal d’alarme. Il est rarement accidentel.
🔹 Ne laissez pas votre présence devenir la matière première d’un récit ensuite utilisé contre le leadership national. Dans un contexte de risque élevé de confiscation médiatique, ne pas participer peut être plus responsable qu’une présence instrumentalisable.
🔹 Dans les rassemblements où vous allez, publiez votre propre récit le jour même : dites clairement pourquoi vous êtes là et quel chemin vous soutenez. Scandez sans ambiguïté des slogans en faveur du leadership national et, face aux médias, prenez l’initiative pour transmettre directement le message d’un soulèvement national sous la conduite du prince Reza Pahlavi.
🔹 Insistez sur les symboles nationaux : drapeau, nom, signes — ce ne sont pas des décorations, mais des marqueurs d’identité et de frontières politiques. La bataille des symboles est une bataille pour l’avenir du mouvement.
🔹 Ne confondez pas unité et ambiguïté. L’unité réelle implique une convergence autour d’un objectif, d’un chemin et d’un leadership clairs — non le rassemblement sous un parapluie qui fuit volontairement toute prise de position.
Le soutien n’a d’effet politique que s’il est visible et non falsifiable. Une présence « sans signes » dans des rassemblements qui empêchent volontairement l’affichage du drapeau national, du nom et de l’image du leadership national n’est ni neutralité ni prudence : c’est, de fait, l’abandon du terrain du récit à d’autres.
🔹 Supprimer le symbole, c’est supprimer le message : la politique publique parle par symboles. Sans eux, le message devient vide et confiscable.
🔹 Un rassemblement sans signes devient un outil d’ingénierie narrative : les médias voient l’image collective, pas l’intention individuelle. Sans signes clairs, on peut cadrer l’événement comme « mouvement sans leader » ou « opposé au leadership national ».
🔹 Interdire les symboles est une position politique : « ni drapeau, ni nom, ni image » n’est pas neutre ; c’est une hostilité envers l’axe de cohésion.
🔹 Un terrain sans centre profite aux courants déviants : les gauches idéologiques, structures sectaires et faux opposants prospèrent dans l’absence d’axe, puis se présentent comme « société civile ».
🔹 Un soutien invisible n’est pas un soutien : ce qui n’est pas vu ni enregistré n’existe pas en politique — mais peut être retourné contre vous.
🔹 Les “droits humains sans symboles” sont souvent un bouclier de tromperie : conçus pour créer une immunité morale et étouffer les questions.
🔹 Le drapeau et le nom sont des lignes rouges contre la falsification : plus ces lignes disparaissent, plus la réécriture devient facile.
🔹 Agir responsablement, c’est choisir le terrain : accepter des règles imposant l’effacement des signes, c’est accepter des règles écrites contre la cohésion nationale. Dans ces cas, l’abstention consciente est parfois l’acte le plus responsable.
C’est parfaitement clair : un rassemblement qui n’accepte les soutiens du prince qu’à condition d’effacer drapeau, nom, image et slogans réclame en réalité un « soutien silencieux » — un soutien invisible, non enregistré et facilement confisqué. Le soutien réel est celui qui se voit, se comprend et ne peut être déformé.
La lutte du peuple iranien ne fait pas face uniquement à la répression ; elle affronte une guerre des récits. Dans cette guerre, des instruments plus subtils que la matraque et la balle opèrent : cadrage médiatique, couverture humanitaire, étiquetage, production d’ambiguïté. La réponse n’est pas un moralisme naïf, mais une vigilance nationale.
Le leadership national joue ici un rôle protecteur : protéger la cohésion, la direction, et empêcher que le sang et la souffrance du peuple soient transformés en carburant de projets de diversion. Pour les soutiens du prince Reza Pahlavi, la responsabilité principale est de se demander, à chaque action et à chaque rassemblement, si la sortie finale sert la cohésion nationale et le chemin de la transition — ou si elle sert l’ambiguïté et la fragmentation. La différence entre les deux, c’est la différence entre une action politique responsable et le fait de se faire utiliser.
