
La dynamique quasi révolutionnaire des récentes protestations en Iran, déclenchées le 28 décembre 2025, a mis à nu, avec une brutalité sans fard, la nature réelle du régime de la République islamique aux yeux du monde entier. Ce soulèvement social a d’abord pris la forme de protestations contre la situation économique et l’effondrement de la monnaie nationale, avant de se transformer en un laps de temps extrêmement court en une profonde crise politique — une crise qui a conduit le régime au bord de l’effondrement de sa légitimité. Ces manifestations ne relèvent pas des protestations économiques éparses du passé, mais constituent le produit cumulatif d’une frustration sociale de longue date, d’une répression structurelle, d’une corruption systémique et de l’absence totale de représentation politique réelle. Contrairement aux analyses simplistes, ces vagues de protestation signalent avant tout l’émergence d’une rupture historique entre la population et un pouvoir idéologique religieux qui non seulement a perdu toute légitimité politique, mais qui, par le recours à une violence sans précédent contre ses propres citoyens, est devenu la menace la plus dangereuse pour la société elle-même.
La période actuelle de contestation figure parmi les plus sanglantes de l’histoire contemporaine de l’Iran. Selon des rapports d’organisations de défense des droits humains et des analyses indépendantes, l’appareil répressif de la République islamique et les forces placées sous l’autorité directe du Guide suprême ont eu recours à des armes de guerre, à des tirs à balles réelles et à des opérations de répression de masse contre les manifestants, entraînant la mort de plusieurs milliers de personnes. Certaines estimations évoquent des dizaines de milliers de morts, ainsi que des dizaines de milliers de blessés et de détenus — des chiffres qui, malgré une censure sévère d’Internet et la coupure quasi totale des communications par l’État, ont été confirmés par des sources indépendantes et des militants à l’intérieur du pays. Cette répression démontre que la République islamique ne répond pas seulement aux revendications économiques par la violence, mais qu’elle traite également toute demande de liberté politique et de transformation structurelle du pouvoir comme une menace existentielle, à laquelle elle oppose une brutalité totale.
L’une des caractéristiques les plus significatives des protestations actuelles réside dans le fait qu’elles ne ressemblent plus aux mouvements fragmentés, dépourvus de leadership unifié, que le régime pouvait autrefois nier, diviser ou neutraliser aisément. Dans cette phase, une large frange des manifestants à l’intérieur de l’Iran a reconnu le prince Reza Pahlavi comme une référence symbolique et un leader national consensuel, tant sur le plan symbolique que dans l’expression d’une vision politique pour l’avenir de l’Iran. Cette convergence sociale autour d’un symbole commun traduit une libération psychopolitique collective face à la peur systémique et au vide de leadership organisé que le régime avait imposé pendant des décennies. Cette autorité symbolique, contrairement à la propagande officielle ou aux analyses superficielles, n’est pas une construction exogène, mais l’expression d’un besoin profond de représentation et de cohésion au sein de la société iranienne.
La réponse du régime à cette contestation multiforme n’a pas été un retour à des solutions politiques, mais la fermeture de l’espace médiatique, la coupure d’Internet et une répression implacable. À partir du 8 janvier 2026, le gouvernement a procédé à une interruption massive de l’Internet à l’échelle nationale afin de contrôler les flux d’information et d’empêcher la diffusion internationale de ses violences. Cette stratégie de blackout numérique visait à la fois à dissimuler l’ampleur réelle des tueries et à appliquer une tactique classique des régimes autoritaires consistant à rompre les liens entre les acteurs civils et la communauté internationale. Le message implicite de cette politique est clair : le régime craint la transparence et la redevabilité — une crainte révélatrice d’une impasse profonde de légitimité.
Face à cette répression, la réaction de la politique étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump indique que la stratégie de Washington ne se limite plus à la seule « pression économique », mais s’inscrit désormais dans une combinaison de pression diplomatique, de menaces militaires crédibles et de manœuvres stratégiques sur l’équilibre des pouvoirs. Trump et son équipe de politique étrangère ont à plusieurs reprises affirmé que les options sur la table incluaient des mesures plus dures, allant jusqu’à une confrontation directe, depuis des sanctions exceptionnelles jusqu’à la menace de frappes militaires limitées ou ciblées en réponse à la répression des manifestants. Selon de multiples sources, la Maison-Blanche a simultanément mené des négociations diplomatiques de façade tout en renforçant de manière significative sa présence militaire dans la région ; les forces navales et aériennes américaines ont été renforcées afin d’envoyer au régime un message de dissuasion assorti d’une menace latente. Cette dualité — dialogue apparent et préparation militaire en coulisses — incarne ce que les théories des relations internationales désignent comme la « diplomatie coercitive » : l’utilisation simultanée de pressions diplomatiques, économiques et militaires pour contraindre l’adversaire à se soumettre ou à modifier son comportement.
Pour la République islamique, accepter de telles conditions équivaut à reconnaître l’effondrement idéologique et politique du système. Les exigences mises en avant par les États-Unis et leurs alliés — telles que l’arrêt du programme balistique, la limitation stricte du programme nucléaire sous supervision internationale et l’abandon de la répression intérieure — entrent toutes en contradiction directe avec les fondements mêmes du pouvoir du régime. Cette contradiction structurelle a conduit la politique officielle de Téhéran, tant à l’égard des manifestants qu’au niveau international, à adopter une posture rigide, négationniste et farouchement résistante à toute réforme substantielle.
Parallèlement, des médias et analystes indépendants rapportent que la société iranienne ne soutient plus le régime. Des segments variés — commerçants, étudiants, travailleurs et classes moyennes — se sont unis de manière transversale contre l’ordre politique en place. Cette unité sociale sans précédent, à la différence des mouvements antérieurs dépourvus de leadership ou de symbole commun, s’est désormais cristallisée en un discours politique explicite : la fin du système du velayat-e faqih et de sa structure autoritaire.
Dans l’analyse finale, les protestations récentes en Iran apparaissent comme une phase de transition historique — une phase dans laquelle la population se soulève non seulement contre la détresse économique, mais contre l’ensemble du mécanisme autoritaire du régime. L’acceptation de négociations par un pouvoir dont la légitimité, la capacité de réforme et même la crédibilité internationale sont profondément érodées n’est plus aisément envisageable. Dans un contexte où la violence étatique et la pression internationale atteignent simultanément leur paroxysme, les options politiques traditionnelles auxquelles le régime et ses partisans s’accrochent ne sont pas seulement inefficaces, mais irréalistes. C’est précisément dans ce cadre de désintégration de la légitimité qu’il convient d’analyser le rôle et la fonction des négociations actuelles.
Dans cette perspective, les pourparlers menés en Turquie peuvent être interprétés comme une tentative visant à maintenir l’esprit et les calculs d’Ali Khamenei dans un état d’engagement illusoire — un dirigeant qui, du point de vue de la psychologie politique, est particulièrement vulnérable aux erreurs de calcul dans des situations d’ambiguïté contrôlée. Les dirigeants autoritaires sont le plus exposés précisément lorsqu’ils croient encore être en position de négocier, alors même que l’équilibre réel des forces est en train de se modifier. La négociation de façade remplit exactement cette fonction : suggérer la possibilité d’un accord, réduire le sentiment d’urgence au sommet du pouvoir et, simultanément, faire progresser des mesures dissuasives en arrière-plan.
Un fait central de cette analyse est que les États-Unis, en particulier durant la phase décisionnelle associée à Donald Trump, ont démontré à maintes reprises qu’ils ne considèrent pas le dialogue comme un substitut automatique à la pression militaire. Au contraire, dans la doctrine de sécurité de Trump, la négociation n’a de sens que si elle est adossée à une menace crédible. Le renforcement de la présence militaire américaine dans la région, le redéploiement d’équipements, la consolidation des bases et le positionnement des forces navales et aériennes constituent autant d’indices attestant que le dialogue peut progresser parallèlement à la préparation militaire, et non en opposition à celle-ci.
Dans cette lecture, l’impasse principale ne réside pas dans une « absence de volonté américaine de parvenir à un accord », mais dans l’incapacité structurelle de Khamenei à accepter des conditions contraignantes. Les exigences formulées ouvertement ces dernières années — du contrôle durable des programmes nucléaire et balistique à la cessation des politiques régionales et de la répression interne — sont toutes incompatibles avec la logique de survie du système du velayat-e faqih. Pour Khamenei, accepter ces conditions ne représenterait pas un simple recul diplomatique, mais l’effondrement du récit idéologique et l’aveu d’un échec historique. C’est pourquoi cette analyse estime que, même si des négociations ont lieu, elles ne déboucheront pas sur un accord durable.
Sur le plan de la psychologie collective, l’élément le plus dangereux pour la République islamique est que la société iranienne ne se laisse plus tromper par ce type de manœuvres. La mémoire historique de la population, l’expérience de l’accord nucléaire (JCPOA), la poursuite de la répression et des massacres de manifestants, ainsi que la fracture profonde entre l’État et la nation ont vidé de sa substance le récit selon lequel « la négociation empêcherait la guerre ». Une société qui voit ses manifestants abattus avec des armes de guerre sur ordre direct du Guide conclut logiquement qu’un régime capable de tels actes ne s’imposera aucune limite morale ou politique s’il accède à une capacité de destruction accrue.
Sur cette base, selon l’analyse personnelle de l’auteur, les négociations en Turquie constituent moins un signe de rapprochement vers la paix qu’un indicateur de l’entrée de la crise dans une phase hautement tendue et potentiellement guerrière — une phase dans laquelle le facteur temps revêt une valeur stratégique pour les acteurs extérieurs, tout en nourrissant chez le régime au pouvoir l’illusion du contrôle. Ce jeu sur le temps ne profite en définitive pas à un régime qui a consumé sa légitimité à l’intérieur et qui est défini à l’extérieur comme une menace sécuritaire.
Dans ce cadre analytique, le message adressé à l’opposition et au peuple iranien est clair : le désespoir et le découragement sont précisément ce dont le régime et sa machine répressive ont besoin. L’histoire montre que les régimes autoritaires s’effondrent souvent non pas à l’apogée de leur puissance, mais au moment où la pression extérieure coïncide avec le maintien de la cohésion psychologique d’une société en révolte. L’espoir, ici, n’est pas un simple sentiment, mais une variable politique — une variable capable d’augmenter le coût de la répression et de modifier les calculs des acteurs internationaux.
Cette analyse ne prétend pas prédire l’avenir avec certitude, mais elle souligne qu’en politique, l’« impossible » n’existe pas, en particulier lorsqu’un régime idéologique fait face simultanément à la colère populaire interne et à une pression sécuritaire externe. Ce qui se présente aujourd’hui sous la forme d’une négociation peut, demain, céder la place à des scénarios bien plus durs. Dans de telles conditions, croire à la proximité de la fin de la République islamique ne relève pas de la fantaisie, mais d’une lecture des dynamiques objectives de pouvoir, de légitimité et de psychologie politique.
Enfin, selon l’évaluation personnelle de l’auteur quant à l’évolution probable de la situation, une intensification des pressions militaires extérieures, si elle devait se produire, pourrait modifier en profondeur l’équilibre des forces à l’intérieur de l’Iran. Dans un tel scénario, l’affaiblissement des infrastructures de répression et de commandement réduirait la capacité de l’État à exercer la violence, tout en élargissant l’espace de l’action civique et de la désobéissance généralisée. L’expérience des régimes autoritaires montre que lorsque le monopole de la violence étatique est fragilisé, une société qui a déjà franchi le seuil de la peur peut accélérer le processus d’effondrement politique — non nécessairement par une violence organisée, mais par la persistance des protestations, le refus de coopérer et la paralysie des mécanismes d’obéissance.
