
Aujourd’hui plus que jamais, je suis convaincu que la question fondamentale de la politique iranienne ne se limite pas à la transition hors de la République islamique ; la question essentielle est de savoir quelle force est capable de conduire l’Iran à travers cette période de transition sans effondrement, sans guerre civile et sans risque de fragmentation territoriale. L’expérience historique de la région — de l’Irak à la Syrie et à la Libye — montre que la chute d’un système politique en l’absence d’un leadership national légitime et consensuel peut conduire à des années d’instabilité, d’ingérences étrangères et même à la perte de l’intégrité territoriale. C’est pourquoi la question du « leadership national » est devenue aujourd’hui le thème central de la politique de l’opposition iranienne.
Parmi l’ensemble des courants opposés à la République islamique, la seule personnalité ayant réussi à gagner la confiance, au-delà des clivages idéologiques, d’une large part des forces nationalistes, républicaines, constitutionnalistes, monarchistes ainsi que de nombreux militants indépendants patriotes, est le prince Reza Pahlavi. Cette réalité ne peut être réduite à un simple effet de propagande ; elle résulte d’un processus historique au cours duquel la société politique iranienne est progressivement parvenue à la conclusion que, durant la phase de transition, le pays a besoin d’un axe d’unité nationale — un axe capable d’agir au-delà des rivalités partisanes et d’incarner la stabilité ainsi que la continuité de l’État national iranien.
Au cours des dernières années, la division entre républicains et monarchistes constituait l’un des principaux facteurs de fracture au sein de l’opposition. Toutefois, les évolutions politiques, les mouvements de protestation populaires et l’expérience des effondrements étatiques dans la région ont conduit de nombreuses forces politiques à reconnaître une réalité essentielle : la question immédiate pour l’Iran n’est pas, dans un premier temps, de choisir entre république et monarchie, mais d’assurer une sortie sécurisée de la République islamique et d’éviter les scénarios dangereux d’instabilité et de fragmentation. C’est pourquoi un large éventail de républicains nationaux, tout en conservant leurs positions quant à la forme future du régime, ont également accepté le rôle transitoire et unificateur du prince Reza Pahlavi comme pivot national.
Ce consensus se renforce progressivement parmi de nombreux militants politiques, intellectuels, acteurs de la société civile et même au sein de la jeune génération qui n’a pas connu directement la période d’avant la révolution. La raison en est claire : le prince Reza Pahlavi, non pas en tant que chef d’un parti ou d’une organisation fermée, mais en tant que symbole de la continuité historique de l’État national iranien, dispose d’un capital symbolique dont aucun autre courant de l’opposition ne bénéficie. Dans une période de transition politique, ce capital symbolique peut constituer un facteur vital de stabilité.
Face à cette dynamique nationale se tient une minorité réduite mais très vocale : l’Organisation des Moudjahidines du peuple et son réseau politique. Depuis des années, cette organisation tente de se présenter comme une alternative, mais la réalité sociale en Iran montre que non seulement elle ne dispose pas d’une base sociale significative à l’intérieur du pays, mais qu’elle n’est pas non plus considérée par une grande partie des opposants à la République islamique comme une option politique crédible.
Une forte visibilité médiatique ne signifie pas nécessairement puissance politique. De nombreux rassemblements organisés à l’étranger reposent sur la mobilisation interne de l’organisation, des campagnes publicitaires intensives et le soutien de réseaux de lobbying ; cependant, ces démonstrations médiatiques ne peuvent combler l’absence de légitimité sociale réelle. À l’intérieur de l’Iran, ni les slogans populaires, ni les réseaux sociaux authentiques, ni les mouvements civiques indépendants ne témoignent d’une base étendue en faveur des Moudjahidines du peuple. Cet écart entre propagande et réalité sociale constitue l’une des principales faiblesses de l’organisation.
Toute organisation qui prétend aujourd’hui diriger l’avenir de l’Iran doit avant tout répondre devant l’opinion publique de son bilan historique. L’un des critères essentiels d’évaluation d’un courant politique réside dans son comportement lors des moments critiques de la nation. L’histoire contemporaine de l’Iran montre que nombre d’organisations, dans des périodes de crise, ont pris des décisions motivées davantage par une logique idéologique ou organisationnelle que par l’intérêt national. Cette question a été soulevée à maintes reprises à propos des Moudjahidines du peuple, et critiquée par des analystes nationalistes comme un signe de la primauté de « l’organisation » sur « le pays ».
Les mouvements dotés de structures fortement hiérarchisées et fermées sont souvent confrontés à ce problème : ils en viennent à confondre la survie de l’organisation avec celle du pays. Dans une telle situation, chaque décision politique est prise non pas en fonction de l’intérêt national, mais de ce qui favorise l’expansion de l’influence organisationnelle. Le résultat est un éloignement progressif de la société et la transformation en une organisation qui vit davantage dans son univers médiatique et interne que dans la réalité sociale.
Le problème fondamental des Moudjahidines du peuple ne réside pas seulement dans leurs divergences politiques avec les autres courants, mais dans la nature même de leur structure, essentiellement sectaire. Dans un véritable parti politique, il existe une rotation du leadership, une critique interne, une compétition politique et une responsabilité démocratique. Dans les structures sectaires, en revanche, le leadership est absolu, l’organisation est gouvernée par la loyauté idéologique et les décisions sont prises dans un cercle restreint. Une organisation dépourvue de démocratie interne peut-elle réellement prétendre instaurer la démocratie dans un pays ?
Cette question est débattue depuis des années parmi les analystes politiques, et la réponse devient de plus en plus évidente : une organisation qui privilégie sa survie institutionnelle aux intérêts nationaux ne peut devenir un leadership national. C’est précisément pour cette raison que de nombreuses forces de l’opposition nationale, malgré leur opposition ferme à la République islamique, maintiennent leurs distances avec les Moudjahidines du peuple.
L’un des aspects les plus préoccupants de la stratégie politique des Moudjahidines du peuple réside dans leur proximité politique et médiatique avec certains groupes ethniques et mouvements disposant, hors des frontières de l’Iran — notamment dans les régions kurdes d’Irak — de bases politiques ou militaires, et dont certains ont par le passé formulé des revendications séparatistes. Coopérer avec de tels mouvements, même sous l’appellation d’« alliance tactique », constitue en réalité le franchissement de l’une des lignes rouges nationales les plus fondamentales : l’intégrité territoriale de l’Iran.
L’histoire de la région montre que les projets séparatistes commencent souvent par des alliances apparemment limitées et se transforment, en période d’instabilité politique, en crises majeures. Les pays ayant connu ce processus ont mis des décennies à retrouver une stabilité relative. Compte tenu de sa position géopolitique et de son importance régionale, l’Iran est particulièrement exposé à de tels risques, et toute instrumentalisation politique des questions ethniques et frontalières peut avoir des conséquences extrêmement lourdes.
Dans ce contexte, les mouvements prêts à coopérer, pour accéder au pouvoir, avec des groupes ayant un passé de revendications séparatistes s’engagent de facto dans une trajectoire contraire aux intérêts nationaux de l’Iran. Il ne s’agit pas simplement d’un désaccord politique, mais d’une question directement liée à la sécurité nationale.
L’une des raisons pour lesquelles les Moudjahidines du peuple ont constamment recherché des alliances avec des groupes armés et paramilitaires tient à la nature historique et à la structure idéologique de l’organisation, qui, depuis sa création, a défini la lutte armée non comme une option ultime, mais comme l’instrument principal de l’action politique. Cette mentalité a conduit ce courant, plutôt que de chercher à acquérir une légitimité sociale à l’intérieur du pays par la compétition politique civile, à se rapprocher en permanence de réseaux militaires, de groupes armés régionaux et de projets de confrontation violente. Le recours continu au modèle de la « lutte armée » a non seulement empêché cette organisation de devenir une force politique nationale, mais l’a également fait apparaître, aux yeux de nombreux Iraniens, comme un courant qui, aux moments décisifs de l’histoire, privilégie la survie organisationnelle et les projets de confrontation aux intérêts nationaux, à la stabilité du pays et à la sécurité de la population — une approche qui, naturellement, a érodé la confiance publique et accentué son éloignement de la société iranienne.
Un autre problème fondamental des Moudjahidines du peuple réside dans leur dépendance à l’égard de soutiens étrangers plutôt que de l’appui du peuple iranien. Tout mouvement politique qui tire son capital principal non de la confiance populaire mais du soutien de gouvernements ou de réseaux extérieurs sera tôt ou tard confronté à une crise de légitimité. La société iranienne conserve une sensibilité historique forte à l’égard des forces perçues comme dépendantes de l’étranger, sensibilité issue d’expériences historiques douloureuses.
À l’inverse, le capital politique du prince Reza Pahlavi repose précisément sur une source différente : une large acceptation sociale, une présence active parmi les Iraniens à l’intérieur et à l’extérieur du pays, ainsi que des positions claires en faveur de l’indépendance nationale et de l’intégrité territoriale. La différence entre la légitimité sociale et la légitimité fondée sur le lobbying extérieur correspond à la différence entre un leadership national et une organisation essentiellement propagandiste.
Les récentes protestations en Iran ont montré que la société contestataire recherche un axe de leadership national capable d’incarner l’unité. Dans de nombreux rassemblements et espaces sociaux, le nom du prince Reza Pahlavi a été évoqué comme celui d’une personnalité susceptible de jouer un rôle symbolique d’unité nationale. Ce phénomène ne peut être attribué uniquement à la propagande, car les slogans populaires reflètent les sentiments réels d’une partie de la société.
La présence du nom du prince Reza Pahlavi dans les manifestations indique qu’une part significative de la société iranienne perçoit son leadership comme un symbole de stabilité et de transition politique sécurisée. En revanche, des organisations telles que les Moudjahidines du peuple, malgré une propagande intensive, ne disposent pas d’une présence symbolique notable dans l’espace réel des protestations internes. Cette différence illustre l’écart entre légitimité sociale réelle et simple visibilité médiatique.
L’Iran se trouve à l’aube de transformations majeures, et le plus grand danger à ce stade n’est pas seulement la continuité du régime actuel, mais la formation d’un vide de pouvoir dans lequel des organisations sectaires, des groupes séparatistes ou des forces dépendantes de l’étranger pourraient acquérir un rôle déterminant. L’expérience des pays de la région a montré que la chute d’un gouvernement en l’absence d’un centre de leadership national légitime peut conduire à des années d’instabilité, voire à une fragmentation territoriale.
La seule manière d’éviter un tel scénario est la formation d’un axe d’unité nationale capable de rassembler les différentes forces politiques, au-delà des divergences idéologiques, autour d’un objectif commun : la préservation de l’Iran et le transfert pacifique du pouvoir. Aujourd’hui, pour une large partie de l’opposition nationale, cet axe d’unité est incarné par le prince Reza Pahlavi — une personnalité susceptible de jouer le rôle de leader de transition et de guider le pays à travers la phase périlleuse de la transition.
La réalité politique actuelle de l’Iran montre que la compétition principale n’oppose pas des individus, mais deux approches distinctes : une approche nationale fondée sur l’unité territoriale, la légitimité sociale et un leadership accepté par la population, et une approche sectaire fondée sur des structures fermées, des alliances contradictoires et une coopération avec des courants dont certains ne s’inscrivent même pas dans le cadre des intérêts nationaux iraniens.
L’opposition nationale iranienne — des républicains nationaux aux constitutionnalistes et aux monarchistes — converge progressivement autour d’une réalité politique : durant la période de transition, l’Iran a besoin d’un leadership capable d’incarner l’unité nationale et d’empêcher le pays de sombrer dans des scénarios dangereux de fragmentation et d’instabilité. Dans ce contexte, une minorité réduite mais bruyante continue de tenter de se présenter comme alternative par de grandes déclarations ; toutefois, l’avenir de l’Iran sera déterminé non par le volume de la propagande, mais par la légitimité nationale, la confiance populaire et la capacité à créer une véritable unité — et, dans cette perspective, pour de nombreux Iraniens, l’axe de l’unité nationale n’est autre que le leadership du prince Reza Pahlavi.
