Révolution, leadership et convergence nationale : pourquoi les célébrités et les activistes ne suffisent-ils pas à eux seuls ?

Dans l’histoire contemporaine, de nombreuses révolutions ont sombré dans l’instabilité ou n’ont pas réussi à réaliser leurs objectifs démocratiques non pas en raison de l’absence de mécontentement social, mais faute d’un leadership organisé ou en raison d’un leadership inadapté. Les recherches en science politique montrent que le « processus révolutionnaire » ne se limite pas à la phase de renversement du pouvoir ; sa phase la plus cruciale est celle de la « construction d’un nouvel ordre politique », laquelle dépend d’un leadership doté de capacités théoriques, organisationnelles et institutionnelles. Les études comparatives indiquent que les révolutions réussies nécessitent généralement un « leadership porteur de vision et de capacité organisationnelle », et non de simples figures symboliques de protestation.

Du point de vue de la psychologie politique, les sociétés en période de crise recherchent une « référence de stabilité » — une personne ou une institution capable de transformer les conflits sociaux en consensus. Dans de telles conditions, le rôle du dirigeant ne consiste pas seulement à être porte-parole, mais à gérer les coalitions politiques, instaurer la confiance sociale et produire une légitimité institutionnelle. C’est pourquoi de nombreux théoriciens du développement politique soulignent que les dirigeants et les élites politiques jouent un rôle décisif dans la résolution des problèmes d’action collective, la formation de coalitions développementales et la construction d’États durables.

Pourquoi l’activisme politique ne signifie pas nécessairement la capacité de diriger une révolution

En psychologie sociale, il existe une distinction essentielle entre « activiste politique » et « leader politique ». L’activiste intervient généralement dans la mobilisation de l’opinion publique, l’information ou la protestation, tandis que le leader politique doit, en plus de ces compétences, posséder des aptitudes en matière de prise de décision institutionnelle, de gestion de crise, de conception des structures de l’État et de conduite de coalitions complexes. Les recherches centrées sur le leadership en science politique ont montré que les caractéristiques personnelles et les expériences de vie des dirigeants peuvent produire des conséquences politiques majeures et influencer de manière prévisible le comportement politique des États.

Dans de nombreux mouvements politiques, les personnalités médiatiques ou les prisonniers politiques acquièrent une popularité sociale en raison de leur dimension symbolique ; cependant, la popularité diffère de la capacité de gouvernance. Selon les théories du leadership, la popularité dépourvue de structure organisationnelle et de connaissance institutionnelle peut même être dangereuse, car elle élève les attentes sociales sans fournir les moyens de les réaliser. De nombreux exemples de révolutions du XXᵉ siècle montrent que des leaders symboliques dépourvus de programme de gouvernance ont été écartés après la victoire ou ont conduit leurs pays à des périodes d’instabilité.

L’importance de l’expertise politique et de la culture institutionnelle dans la direction de la transition

La transition d’un système politique existant vers un nouveau système constitue la phase la plus complexe de toute révolution. À ce stade, la question centrale n’est plus la mobilisation de rue, mais la conception des structures juridiques, économiques et sécuritaires du pays. Les recherches sur les révolutions indiquent que l’absence de leadership organisé et d’opposition cohérente peut conduire à l’échec de la démocratie même après la chute des régimes. Dans certains pays du Printemps arabe, l’absence d’une opposition organisée et d’un leadership unifié a créé, après la chute du pouvoir, un vide politique que d’autres forces ont exploité pour s’emparer du contrôle.

Les études consacrées aux transformations du Printemps arabe ont également montré que l’absence d’un leadership cohérent et d’un programme politique commun entre les forces révolutionnaires a engendré une « situation de confusion politique » et empêché des réformes durables. Ces expériences démontrent que les mouvements reposant uniquement sur la protestation se heurtent à des crises lors de la phase de construction de l’État.

Du point de vue de la psychologie politique, en période d’instabilité, les populations tendent à accorder leur confiance à un leadership « prévisible » et « porteur de programme ». Cette confiance se forme généralement à partir d’une combinaison d’expérience politique, de connaissance des institutions de gouvernance et de capacité à créer une coalition nationale. Ainsi, de nombreux théoriciens du développement politique estiment qu’un leadership réussi en période de transition doit posséder à la fois une légitimité symbolique et la capacité institutionnelle de gouverner.

La convergence nationale comme condition de réussite des révolutions

Les révolutions qui se fragmentent en plusieurs centres de leadership entrent généralement dans des rivalités internes et consacrent leur énergie aux conflits internes plutôt qu’à la construction de l’État. L’expérience historique montre que l’absence d’un point de convergence nationale peut transformer même des révolutions populaires en guerres civiles ou en instabilités prolongées. Les théories du nationalisme soulignent également que l’existence d’un « symbole national commun » durant la transition peut réduire les rivalités politiques et faciliter le transfert du pouvoir.

Dans de nombreux pays, les dirigeants de transition les plus efficaces ont été ceux qui ont su apparaître, au-delà des groupes politiques particuliers, comme les représentants d’une « identité nationale commune ». Cette caractéristique conduit même leurs opposants politiques à accepter leur présence comme garantie de stabilité. Dans cette perspective, le dirigeant de transition n’est pas nécessairement un politicien partisan, mais une figure dotée d’une légitimité dépassant les clivages politiques.

Exemples historiques de mauvais choix de dirigeants révolutionnaires

L’histoire contemporaine fournit de nombreux exemples de révolutions qui, en raison d’un mauvais choix de leadership, ont connu non pas le progrès mais une période de régression. Dans certains pays du Printemps arabe, les révolutions ont rapidement renversé les anciens régimes, mais, faute de leadership organisé et de consensus national, elles n’ont pas réussi à créer des structures politiques durables ; dans certains cas, les forces militaires ou des courants autoritaires ont repris le pouvoir.

Les études sur les transformations en Égypte ont également montré que le maintien des anciennes structures de pouvoir et la compétition entre les élites politiques ont empêché la réalisation des objectifs révolutionnaires et entraîné la perte de nombreux acquis initiaux. Ces expériences indiquent qu’une révolution dépourvue de leadership institutionnel et programmatique peut conduire à la reproduction de l’autoritarisme.

Dans d’autres pays également, les révolutions accompagnées d’un leadership multiple ou de fortes rivalités au sein de l’opposition ont, après un certain temps, débouché sur des États faibles ou sur des guerres civiles. Dans la littérature de science politique, ces situations sont qualifiées de « crise post-révolutionnaire », phase durant laquelle l’absence de leadership unifié et de consensus national peut déterminer le destin d’un pays pour des décennies.

Une perspective nationaliste iranienne sur la question du leadership de transition

Au sein de certains courants nationalistes iraniens, un argument fréquent est que l’Iran, en tant que pays caractérisé par une diversité ethnique, une longue tradition de construction étatique et une position géopolitique sensible, a davantage que beaucoup d’autres pays besoin d’un « leadership de transition doté d’une légitimité nationale ». Selon cette perspective, le danger principal ne réside pas seulement dans le changement de régime, mais dans l’éventuel effondrement de la cohésion nationale durant la transition. Le dirigeant de transition doit donc être capable de susciter à la fois la confiance interne et la confiance internationale.

Certains nationalistes estiment que le dirigeant de transition idéal doit posséder trois caractéristiques : premièrement, une connaissance théorique de la politique et des relations internationales ; deuxièmement, la capacité de créer des coalitions entre diverses forces ; et troisièmement, une position symbolique dans l’identité historique du pays. Ensemble, ces trois facteurs peuvent transformer un processus de transition d’une crise politique en une transition gérée.

Critique de la conception du leadership fondée sur la célébrité ou l’activisme médiatique

L’un des défis des mouvements politiques contemporains est l’émergence de la « politique des célébrités », phénomène dans lequel la popularité médiatique est confondue avec la compétence de gouvernance. En science politique, ce phénomène est considéré comme l’un des facteurs d’instabilité durant les périodes de transition, car les dirigeants fondés sur la notoriété médiatique sont souvent dépourvus d’organisation politique, de programme économique ou de réseau administratif nécessaires pour gouverner.

L’expérience de certains pays en transition montre que la transformation de personnalités médiatiques en dirigeants politiques sans soutien institutionnel peut conduire à des gouvernements faibles ou inefficaces. Dans de telles conditions, même si la révolution réussit, la faiblesse du nouvel État peut favoriser le retour de forces autoritaires ou provoquer des crises économiques.

Leadership de transition et rôle des autres acteurs politiques

Même dans les théories qui insistent sur l’existence d’un leader unique, le rôle des acteurs politiques, des journalistes, des intellectuels et des militants civiques est considéré comme essentiel. La différence réside dans le fait que ces groupes jouent principalement un rôle de « construction de l’espace public », de « surveillance du pouvoir » et de « production d’idées politiques », et non nécessairement de direction exécutive de la révolution. De nombreuses théories de la transition démocratique montrent que les transitions les plus réussies ont eu lieu lorsque le dirigeant de transition et les élites politiques et civiles ont coopéré au sein d’une coalition nationale.

Dans cette perspective, l’enjeu principal n’est pas l’exclusion des acteurs politiques, mais la définition de leurs rôles distincts dans le processus de transition. Le dirigeant de transition peut constituer l’axe de coordination, tandis que les activistes politiques jouent le rôle de mobilisation sociale et de contrôle démocratique.

Conclusion

Les études comparatives sur les révolutions et les transitions politiques montrent que les pays ayant disposé, durant la période de transition, d’un leadership doté de trois caractéristiques clés — une légitimité symbolique nationale, la capacité de créer de larges coalitions politiques et une connaissance des structures de gouvernance et des relations internationales — ont eu beaucoup plus de chances de réussir une transition durable vers un nouveau système politique que ceux dont le leadership était fragmenté ou purement symbolique. Les recherches en développement politique soulignent que les élites et les dirigeants politiques jouent un rôle central dans la formation de coalitions développementales et la consolidation d’États durables, et que l’absence d’un tel leadership conduit généralement à l’instabilité ou au retour de l’autoritarisme.

Les recherches en psychologie politique montrent également que, dans les situations de crise nationale, la confiance publique se dirige davantage vers les dirigeants qui, d’une part, sont reconnus au niveau national comme un symbole commun et, d’autre part, possèdent la capacité d’interagir avec les institutions internationales et de gérer le processus de construction de l’État. À l’inverse, les mouvements qui se sont appuyés uniquement sur des figures médiatiques, des activistes symboliques ou des dirigeants dépourvus de réseaux politiques et administratifs ont été confrontés, après le changement de pouvoir, à des divisions internes et à des vides institutionnels.

Les expériences historiques de certaines révolutions du XXᵉ siècle ainsi que les transformations observées dans plusieurs pays du Moyen-Orient montrent que l’absence d’un « point de convergence nationale » au sein de l’opposition a été l’un des facteurs les plus importants de l’échec ou de la déviation des objectifs révolutionnaires, car la rivalité entre plusieurs dirigeants a ralenti ou perturbé la formation du nouvel État et ouvert l’espace politique au retour de forces autoritaires. À l’inverse, lorsque une personnalité bénéficiant d’une large acceptation nationale a pu jouer le rôle de coordinateur du transfert de pouvoir, la probabilité de stabilité politique et de transition réussie a augmenté.

Sur la base de ces constats, de nombreuses théories de la transition démocratique soulignent que le dirigeant de la période de transition n’a pas nécessairement vocation à devenir le dirigeant permanent du futur système, mais doit être capable de jouer le rôle de « pivot du consensus national », c’est-à-dire une personnalité dont la présence est acceptée par les différentes composantes de la société, malgré leurs divergences, comme garantie minimale de stabilité.

Si l’on considère comme critères scientifiques du leadership en période de transition la légitimité symbolique nationale, la capacité de créer une convergence entre les diverses forces de l’opposition, la connaissance des structures de gouvernance modernes, la capacité de communication internationale et le positionnement au-delà des rivalités partisanes quotidiennes, parmi les figures de l’opposition et des adversaires de la République islamique, quelle personnalité possède simultanément davantage que les autres cet ensemble de caractéristiques et pourrait jouer le rôle de point de convergence nationale dans une transition démocratique ?

Compte tenu des analyses présentées, selon mon opinion personnelle, parmi les figures de l’opposition, la seule option susceptible de jouer le rôle d’axe de convergence nationale et de leadership de la période de transition est le prince Reza Pahlavi ; quelle est votre évaluation à ce sujet ?

Vive l’Iran.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 9  février 2026