La dignité dans la protestation : un combat fondé sur la bonne parole, la bonne action et la bonne pensée

Le nationalisme, lorsqu’il est réduit à une simple émotion, se transforme rapidement en colère ; mais lorsqu’il s’accompagne de conscience et de connaissance de soi, il devient un caractère. Ce qui distingue un véritable patriote iranien d’un protestataire animé par la colère n’est pas l’intensité de son opposition, mais la qualité psychologique et morale de son combat.

L’histoire de l’Iran a montré à maintes reprises que notre nation a su traverser les grandes crises lorsqu’elle n’a pas perdu sa force morale. Car la puissance réelle d’un peuple ne réside pas d’abord dans ses instruments politiques ou militaires, mais dans la structure psychologique et culturelle de ses citoyens.

Aujourd’hui encore, la question essentielle ne se limite pas à l’opposition à une structure politique ; la question est de savoir quel type de personnalité collective nous façonnons au cours de cette opposition. Construisons-nous une personnalité nerveuse, réactive et centrée sur l’insulte, ou une personnalité calme, ferme et fondée sur une confiance historique en soi ? La réponse à cette interrogation déterminera l’avenir de la culture politique iranienne.

La colère politique : réaction naturelle mais dangereuse

Du point de vue de la psychologie sociale, la colère face à l’injustice est une réaction naturelle. Une société ayant subi durant des années des pressions économiques, sociales et politiques exprimera inévitablement une partie de son énergie psychique sous forme de colère. Cependant, comme l’enseigne la psychologie individuelle, « les émotions sont naturelles, mais les comportements relèvent du choix » ; ce principe vaut également en politique.

La colère peut être un moteur d’action, mais si elle n’est pas maîtrisée, elle se transforme en autodestruction.

L’injure, la menace et la diffamation constituent en réalité une forme de décharge émotionnelle. Cette décharge peut procurer un sentiment momentané de soulagement, mais à long terme elle affaiblit la confiance sociale et installe l’image d’un courant politique instable et imprévisible. Une société en quête d’un avenir sûr accorde sa confiance à des forces capables de contrôler leur langage et leur comportement même dans les moments de colère. Voilà ce qu’est la maturité politique — une maturité qui commence par la maîtrise de soi.

La personnalité nationale : forgée par les gestes quotidiens

Aucune nation ne se définit uniquement par des archives historiques ; les nations se définissent par le comportement quotidien de leurs citoyens. Chaque mot écrit, chaque réaction visible dans l’espace public constitue un fragment de l’image psychologique d’un peuple.

Si l’espace du débat politique devient un champ d’invectives, l’image mentale que la société se fait des acteurs politiques se durcit progressivement et s’imprègne de méfiance.

En psychologie collective, il existe un concept appelé « contagion émotionnelle ». Les émotions se transmettent au sein des groupes : la colère engendre la colère, le calme engendre le calme. Ainsi, chaque militant politique, chaque partisan et chaque citoyen qui s’exprime publiquement n’est pas seulement un individu ; il est porteur d’une onde émotionnelle susceptible d’influencer des dizaines, voire des centaines d’autres personnes.

C’est pourquoi la courtoisie en politique n’est pas seulement une vertu morale ; c’est un instrument stratégique de gestion du climat psychologique d’une société.

L’amour de l’Iran comme caractère, non comme slogan

Lorsque l’amour de l’Iran demeure au niveau du slogan, il peut facilement se transformer en fanatisme aveugle. Mais le véritable patriotisme iranien est un engagement intérieur visant à préserver la dignité culturelle d’un peuple reconnu depuis des millénaires pour son éthique, sa civilité et sa sagesse.

Une nation qui porte dans sa mémoire historique l’héritage de la triade zoroastrienne — « bonne parole, bonne action, bonne pensée » — ne peut considérer comme représentatif d’elle-même un combat fondé sur l’humiliation et l’invective.

Un véritable nationaliste sait que chaque mot qu’il prononce représente la culture dont il se réclame. Il sait que même dans les oppositions les plus fermes, il est possible de s’exprimer avec respect, car le respect n’est pas un signe de faiblesse ; il est l’expression de la confiance en soi. Seuls ceux qui doutent de la solidité de leurs arguments se réfugient dans l’humiliation.

La courtoisie politique est en réalité un message implicite : nous sommes suffisamment sûrs de notre légitimité pour ne pas avoir besoin d’insulter.

La responsabilité des partisans dans la formation de l’image du leadership politique

En psychologie politique, l’image d’un leader dans l’esprit de la société ne découle pas uniquement de ses propres paroles ; elle reflète également le comportement de ses partisans. L’opinion publique attribue inconsciemment aux dirigeants les attitudes de leurs soutiens.

Si les partisans sont calmes, rationnels et guidés par l’éthique, le leader sera perçu comme équilibré et digne de confiance. Mais si l’espace militant est saturé d’insultes et de menaces, cette image se détériore rapidement, même si le leader lui-même n’a jamais employé un tel langage.

Pour ceux qui se considèrent comme les soutiens du prince Reza Pahlavi, cette question revêt une importance particulière. Chaque phrase publiée par un partisan contribue à construire ou à éroder le capital symbolique de ce courant politique. Les adversaires recherchent constamment des exemples de comportements excessifs ou immoraux afin de les généraliser à l’ensemble du mouvement.

S’abstenir d’injures n’est donc pas seulement un conseil moral ; c’est une nécessité stratégique.

Confiance en soi et agressivité : deux réalités opposées

L’agressivité est souvent confondue avec la confiance en soi, alors qu’en psychologie ces deux notions sont diamétralement opposées. Une personne ou un mouvement sûr de lui n’a pas besoin d’élever la voix ; il transmet son message avec calme, convaincu que ses arguments seront entendus tôt ou tard.

À l’inverse, l’agressivité révèle fréquemment une anxiété intérieure — une tentative de masquer un sentiment de fragilité par un ton plus bruyant.

Un mouvement qui aspire à bâtir un avenir stable doit dès aujourd’hui manifester des signes de stabilité psychologique. Les citoyens font confiance à ceux qui demeurent équilibrés même en période de crise. La sérénité politique est un capital qu’aucune propagande ne saurait remplacer.

La majorité silencieuse et le langage de l’attraction

Une large part de la société iranienne n’est ni activement engagée en politique ni intéressée par les confrontations médiatiques virulentes. Pourtant, cette majorité silencieuse constitue la force sociale la plus déterminante. Elle se rapproche généralement du courant qui procure le plus grand sentiment de sécurité psychologique.

Un discours violent, même compréhensible dans son origine émotionnelle, engendre chez elle un sentiment d’insécurité et accroît la distance avec les mouvements politiques.

Si l’objectif est de construire un mouvement national inclusif, son langage doit être capable d’attirer progressivement les cœurs hésitants. La courtoisie, la patience et le respect sont des ponts entre les forces politiques et la société. Les insultes et les menaces détruisent ces ponts avant même qu’ils ne soient bâtis.

Un combat qui préfigure l’avenir

La manière de lutter constitue l’aperçu de l’avenir qu’un mouvement promet. Si la lutte d’aujourd’hui est marquée par la haine et l’humiliation, la culture qui suivra une éventuelle victoire sera imprégnée des mêmes traits. Mais si la lutte actuelle repose sur le respect, le dialogue et la retenue, la société future se construira sur ces bases.

Aucune société ne devient civilisée du jour au lendemain ; la civilisation naît d’exercices quotidiens répétés.

Ainsi, tout patriote iranien qui aspire à un avenir libre et fondé sur l’État de droit doit, dès aujourd’hui, incarner dans son comportement la culture de cet avenir. S’abstenir d’insulter n’est pas un simple choix personnel ; c’est une contribution à la construction de la culture politique de demain.

L’éthique comme puissance douce nationale

Dans le monde contemporain, la puissance ne se limite pas aux instruments matériels. La puissance douce — c’est-à-dire la crédibilité morale et culturelle — joue un rôle déterminant dans la légitimité politique. Un mouvement capable de projeter une image éthique, rationnelle et civilisée peut susciter une large confiance sociale même sans accès aux leviers officiels du pouvoir.

À l’inverse, un mouvement dont le discours est teinté d’humiliation et de menace rencontrera des difficultés à gagner la confiance publique, même si ses slogans sont justes.

Le nationalisme iranien authentique s’est toujours distingué par cette puissance douce : la civilité, la sagesse et le respect. Y revenir n’est pas un retour nostalgique vers le passé, mais un choix lucide pour construire l’avenir.

Conclusion : le nationalisme comme maturité

Le véritable nationaliste n’est pas celui qui crie le plus fort, mais celui qui conserve sa dignité dans les moments les plus difficiles. Il sait que les ennemis d’une nation ne se limitent pas aux structures politiques ; la méfiance, la violence verbale et l’effondrement de l’éthique sociale sont également des ennemis invisibles.

Un combat qui renforce ces maux, même animé de bonnes intentions, finit par affaiblir la société.

Si nous nous considérons comme des patriotes et que nous nous situons aux côtés d’un courant aspirant à un avenir meilleur pour le pays, le premier pas consiste à refléter cet avenir dans nos paroles et nos actes : un avenir où la divergence d’opinion ne devient pas hostilité, où la compétition politique s’accompagne de respect et où la dignité humaine demeure intacte, même dans les oppositions les plus fermes.

La bonne parole, la bonne action et la bonne pensée ne sont pas seulement un héritage historique ; elles constituent le critère de notre maturité politique actuelle. Chaque fois que nous choisissons l’argument plutôt que l’insulte, le dialogue plutôt que la menace, et la maîtrise de soi plutôt que l’emportement, nous défendons non seulement la dignité d’un courant politique, mais celle de l’Iran lui-même.

Car l’Iran, avant d’être une géographie, est une culture — et cette culture vit ou s’altère à travers nos mots.

Vive l’Iran.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 11  février 2026