
Dans le champ tumultueux de la politique iranienne, où l’histoire contemporaine est marquée par de profondes blessures idéologiques, des fractures identitaires et des crises chroniques de légitimité, la question du leadership politique ne relève pas d’un simple choix individuel. Elle touche à la reconstruction de la « confiance collective » et du « capital symbolique national ». Du point de vue d’un patriote attaché à l’Iran, qui considère la nation comme un corps historique, culturel et psychologique unifié, la question essentielle n’est pas de savoir qui exercera le pouvoir, mais qui sera capable de réparer les fractures accumulées au niveau de la psyché collective et d’activer les capacités de convergence nationale. Dans ce cadre, le nom du prince Reza Pahlavi apparaît comme un signifiant politique et psychologique qui, au-delà de la personne, incarne une continuité historique et un capital identitaire.
Pour comprendre cet enjeu, il convient d’analyser d’abord la nature du despotisme religieux et idéologique. Le despotisme religieux n’est pas uniquement une structure juridique ou politique ; il constitue un système de sens qui, en revendiquant une vérité absolue, bloque la pluralité et la libre concurrence des idées. Dans un tel système, le pouvoir ne tire pas sa légitimité de la volonté des citoyens, mais d’une interprétation exclusive du sacré. Du point de vue de la psychologie politique, ce type de régime renforce une « dépendance autoritaire » et affaiblit « l’autonomie civique », maintenant ainsi la personnalité politique des citoyens dans un état infantilisant, où l’individu est orienté vers l’obéissance ou la passivité plutôt que vers la participation active. Par ailleurs, certains courants idéologiques de gauche, encore animés par une mentalité révolutionnaire et utopique, tendent à vouloir refaçonner la société non pas à partir de sa complexité historique et culturelle, mais selon des modèles théoriques abstraits. Le résultat commun de ces deux approches, malgré leurs langages différents, est une forme d’ingénierie sociale verticale et un mépris pour la dynamique organique de la nation.
Dans un tel contexte, le nationalisme ne signifie ni exclusion ni élimination des autres, mais un retour à la notion de « nation » comme source première de légitimité. La nation est alors comprise comme un contrat historique vivant : un ensemble de mémoires, de langue, de culture, de souffrances et d’espérances partagées. Un leadership capable d’entrer en résonance avec ce corps historique doit posséder trois qualités essentielles : un capital symbolique, une capacité de dialogue inclusif et un engagement explicite envers la souveraineté de la volonté populaire. D’un point de vue national, le prince Reza Pahlavi réunit ces trois dimensions, non pas uniquement en raison de son héritage familial, mais en raison du rôle qu’il a joué dans le discours public au cours des dernières décennies.
Le capital symbolique est un concept de la sociologie politique qui désigne le crédit et la reconnaissance dont jouit un individu ou une institution dans la mémoire collective. Il ne signifie pas une acceptation inconditionnelle, mais la capacité de susciter un sentiment d’appartenance et une confiance initiale. Dans une société fragmentée par la révolution, la répression, l’émigration massive et les clivages générationnels, la présence d’une figure capable de créer des ponts entre générations et sensibilités politiques revêt une importance cruciale. Dans ses prises de position, le prince Reza Pahlavi a constamment mis en avant des principes tels que la laïcité, l’intégrité territoriale, les droits de l’homme et le recours au suffrage populaire. Cette insistance sur le droit du peuple à choisir constitue, du point de vue de la psychologie politique, un signe de distanciation vis-à-vis des modèles autoritaires et d’adhésion au principe de la maturité politique des citoyens.
Il convient d’affirmer avec clarté que ni moi, ni quiconque vivant hors d’Iran, ni aucun courant politique particulier, n’a le droit de déterminer à la place du peuple iranien la nature du futur régime. Le principe fondamental du nationalisme moderne est que la souveraineté appartient à la nation, et que celle-ci choisit la forme de son système politique par des mécanismes démocratiques libres. Toute prétention à définir à l’avance la forme finale du régime, sans le vote libre du peuple, reproduit la même logique tutélaire sur laquelle repose le despotisme religieux. Ainsi, mettre en avant le rôle du prince Reza Pahlavi ne signifie pas imposer un modèle institutionnel spécifique, mais le présenter comme un point de convergence susceptible de créer les conditions permettant à la nation de décider librement.
Pourquoi, dès lors, nombre d’opposants au régime refusent-ils d’accepter son leadership ? La réponse doit être recherchée dans la psychologie collective de l’opposition. Premièrement, le phénomène de « compétition identitaire » joue un rôle central. Beaucoup de groupes politiques ont construit leur identité en opposition au passé, et tout symbole associé à ce passé peut être perçu comme une menace, même si ce symbole affirme le droit du peuple à choisir. Cette réaction relève davantage de la mémoire émotionnelle que d’une analyse rationnelle. Deuxièmement, il existe une problématique de « capital politique limité ». Dans un contexte d’absence d’activité partisane libre et d’opposition fragmentée, chaque groupe cherche à garantir sa part dans l’avenir politique. L’acceptation d’une figure dotée d’un capital symbolique étendu peut être interprétée comme une réduction de leur propre poids relatif, d’où des résistances.
Troisièmement, une méfiance historique envers toute forme de concentration du leadership subsiste chez une partie des forces politiques. Les expériences douloureuses du despotisme idéologique ont engendré une sensibilité aiguë vis-à-vis de la notion de direction politique. Si cette méfiance est compréhensible, elle peut conduire à nier la nécessité de coordination et de cohésion en période de crise. Face à une structure de pouvoir centralisée et organisée, un changement efficace requiert également un minimum d’unité et de figures de référence, assortis de mécanismes de responsabilité et de contrôle public.
Quatrièmement, une part des oppositions s’inscrit dans des cadres idéologiques rigides. Certains courants de gauche ou républicains radicaux posent la question non pas en termes d’efficacité ou d’acceptabilité sociale, mais en termes de principe. Pour eux, tout lien avec des symboles monarchiques — même purement symbolique et subordonné au vote populaire — constitue une déviation théorique. Si cette position reflète une cohérence idéologique, elle peut, en pratique, entretenir la fragmentation de l’opposition, car la politique est l’art de coalitions minimales autour d’objectifs communs, et non la réalisation intégrale d’idéaux maximaux.
Du point de vue national, la priorité actuelle de l’Iran n’est pas la concrétisation des ambitions maximales de chaque courant, mais la restitution du droit de choisir au peuple. Dans cette perspective, le prince Reza Pahlavi, qui a affirmé à maintes reprises que la forme du futur régime doit être déterminée par un référendum libre, peut jouer un rôle de facilitateur. Son importance réside dans le fait que, contrairement à de nombreuses figures politiques liées à des bases sociales restreintes ou à des structures partisanes spécifiques, il bénéficie d’une certaine indépendance symbolique. Cette indépendance lui permet de se concentrer sur des notions transversales telles que la nation, l’État de droit et les droits civiques.
Sur le plan psychopolitique, la société iranienne semble traverser ce que l’on pourrait qualifier de « fatigue historique » : une usure collective née de décennies de tensions idéologiques, de crises économiques et de répression sociale. Dans un tel contexte, les citoyens aspirent davantage à la stabilité, à la sécurité et à la dignité humaine qu’à des slogans utopiques. Un leadership capable d’intégrer ces besoins fondamentaux dans son discours et d’adopter un langage de réconciliation et de convergence a plus de chances de susciter la confiance. L’accent mis par le prince Reza Pahlavi sur l’unité nationale, le refus de l’esprit de vengeance et la nécessité d’une réconciliation sociale s’inscrit dans cette logique.
Mettre en avant son rôle ne signifie pas nier celui des autres forces politiques. Une démocratie saine exige le pluralisme, et nul individu ne peut ni ne doit se substituer à la volonté collective. Toutefois, au moment où l’objectif central est de restituer au peuple son droit de choisir, l’existence d’un axe de convergence relatif peut remplir une fonction fédératrice. Si les opposants au régime s’accordent sur le principe de la souveraineté nationale plutôt que de s’enfermer dans des rivalités préalables, la possibilité d’organiser un processus libre et transparent devient envisageable. En définitive, ce sont les citoyens iraniens qui, dans un environnement exempt de pression et de propagande exclusive, décideront de la nature de leur régime — qu’il s’agisse d’une monarchie constitutionnelle, d’une république parlementaire ou de toute autre forme approuvée par la majorité.
Dans la perspective d’un nationalisme civique, le salut de l’Iran ne réside pas dans la reproduction d’idéologies, mais dans la reconstruction du contrat social fondé sur la liberté, la primauté du droit et une identité nationale partagée. Si le prince Reza Pahlavi peut agir comme un symbole de cette reconstruction, et si les autres forces acceptent le principe du suffrage populaire, la sortie du cycle autoritaire devient possible. À défaut, la dispersion et les conflits identitaires risquent de perpétuer la situation actuelle. En définitive, le critère ultime n’est ni un nom ni un titre, mais la volonté libre de la nation iranienne — une volonté qu’aucune puissance intérieure ou extérieure ne peut confisquer et qui ne trouve son sens que dans le cadre d’une démocratie pleine et transparente.
Vive l’Iran.
