L’Iran est notre maison commune, non un champ de division ; l’intégrité territoriale est la ligne rouge de la nation iranienne

Dans la géométrie du droit public moderne, l’État-nation repose sur trois piliers fondamentaux : un territoire déterminé, une population permanente et une souveraineté politique. Parmi ces trois éléments, le territoire n’est pas une simple composante administrative ; il constitue le substrat concret dans lequel se réalise la volonté historique d’une nation. Sans délimitation territoriale claire, la souveraineté se réduit à une prétention abstraite et la loi à un texte dépourvu de garantie d’exécution. L’intégrité territoriale, dans ce cadre conceptuel, n’est ni un sentiment ni un slogan ; elle représente la condition existentielle de l’État-nation et le garant de l’ordre public ainsi que de la sécurité collective. Chaque fois que ce principe est affaibli, la confiance nationale et la cohésion sociale s’en trouvent également atteintes, exposant le pays à des rivalités internes et externes déstabilisatrices.

Ce principe doit être formulé avec clarté : l’intégrité territoriale de l’Iran constitue une ligne rouge nationale. Elle ne saurait faire l’objet d’une transaction politique, d’un instrument de pression ou d’un projet négociable. Aucun courant politique, sous quelque dénomination que ce soit, n’a le droit de banaliser, même indirectement, l’idée de la sortie d’une partie du territoire iranien de la souveraineté nationale. Cette position ne relève ni de l’émotion ni du dogmatisme ; elle s’appuie sur la logique du droit public, sur les impératifs de la sécurité nationale et sur l’expérience historique.

Dans le même temps, la défense de l’intégrité territoriale ne signifie nullement la négation de la diversité ethnique et linguistique. L’Iran n’a jamais été et n’est pas une entité monoculturelle. Au fil des siècles, des peuples divers ont vécu dans le cadre d’un espace civilisationnel commun et, malgré les différences linguistiques et culturelles, ont partagé une mémoire historique et un destin politique. Cette pluralité n’a pas constitué une faiblesse, mais un facteur de pérennité. L’Iran ne s’est pas construit par l’effacement des différences, mais a perduré par la coexistence de celles-ci.

Il est donc nécessaire de tracer une frontière conceptuelle nette entre les droits culturels et le séparatisme. Les revendications en faveur d’un développement équilibré, d’une participation politique accrue ou d’une meilleure représentation sont légitimes et défendables dans le cadre d’un Iran unifié. En revanche, toute revendication qui conduit, en définitive, à une redéfinition des frontières politiques ou à une sortie de la souveraineté nationale commune s’écarte du champ de la légitimité nationale. Il ne s’agit pas d’une compétition identitaire ; il s’agit de préserver la maison commune.

Dans les moments révolutionnaires ou de transition, cette distinction acquiert une importance accrue. Les périodes de transformation politique portent simultanément des opportunités de reconstruction et des risques de fragmentation. Lorsque l’ordre établi s’affaiblit, des forces diverses investissent l’espace public. Si, dans ces circonstances, il n’existe pas d’accord sur les principes fondamentaux, le vide du pouvoir peut devenir un terrain propice aux manipulations. L’histoire régionale démontre que l’effondrement d’un État central en l’absence d’un consensus national sur les frontières a conduit à des partitions sanglantes et à des ingérences étrangères. Les conséquences ne furent ni une liberté durable ni une prospérité stable, mais une instabilité chronique et une économie affaiblie.

L’Iran possède une cohésion historique plus profonde que nombre d’autres États, mais il n’est pas exempt des lois de la politique. En période de transition, certains groupes peuvent, au nom d’interprétations maximalistes du droit à l’autodétermination ou de l’autonomie, promouvoir de facto des projets dont l’issue serait la sortie d’une partie du territoire national de la souveraineté commune. Même lorsqu’ils sont formulés dans un langage de droits humains, ces projets doivent être évalués à l’aune de leurs conséquences géopolitiques et sociales. La question essentielle est la suivante : la partition garantit-elle la liberté et la justice, ou inaugure-t-elle une nouvelle phase de conflit et de dépendance ? La réponse est claire. La fragmentation ne produit ni justice ni liberté ; elle transforme un pays en unités vulnérables, attire les puissances extérieures au cœur des différends internes et réduit les citoyens à une condition précaire au sein d’entités faibles. De manière plus directe, lorsque la maison est morcelée, il ne subsiste ni sécurité, ni dignité, ni avenir pour quiconque.

L’expérience vécue revêt également une importance particulière. Ayant grandi à l’intersection des cultures guilaki et kurde et ayant passé plusieurs années parmi les Kurdes, j’ai perçu la diversité culturelle non comme une frontière politique, mais comme une richesse nationale. J’ai constaté que la majorité des citoyens kurdes aspirent avant tout à la dignité, à l’égalité des chances, à la sécurité économique et aux libertés civiles. Ils revendiquent le respect de leur langue et de leur culture, mais envisagent ces droits dans le cadre de l’Iran, non en dehors de lui.

Les facteurs d’insatisfaction ont résidé dans la discrimination, la pauvreté et l’injustice structurelle, non dans une inclination intrinsèque à la séparation. Généraliser les positions radicales d’une minorité limitée à l’ensemble d’un peuple est à la fois inexact et dangereux. De même qu’il est inadmissible de tirer une conclusion générale sur une nation à partir du comportement d’un groupe restreint, il est erroné d’attribuer à l’ensemble des habitants d’une région les revendications maximalistes de certains courants. Les liens affectifs, économiques et historiques entre les différentes composantes de la société iranienne sont plus profonds que ne peuvent le suggérer des slogans circonstanciels.

Il convient également d’énoncer avec franchise la responsabilité historique de la République islamique. Défendre l’intégrité territoriale ne signifie pas défendre la structure politique actuelle. Au contraire, l’une des causes de l’aggravation des mécontentements régionaux réside dans les politiques de la République islamique. La concentration excessive du pouvoir, la distribution inéquitable des ressources, la répression des revendications civiles et l’approche sécuritaire des questions culturelles ont érodé la confiance nationale. Lorsque les citoyens ont le sentiment d’être exclus des décisions majeures et de voir les ressources de leurs régions exploitées sans retour équitable, la défiance s’installe inévitablement.

La République islamique a restreint les libertés politiques et, par la corruption et l’inefficacité, a approfondi les fractures sociales. En sécurisant des revendications qui auraient pu être traitées dans un cadre civil et institutionnel, elle a transformé des questions gérables en crises structurelles. Dès lors, la transition hors de l’architecture actuelle, inefficace et discriminatoire, constitue une nécessité nationale. Non pas parce que l’unité de l’Iran serait conditionnelle à une réforme, mais parce que l’unité durable repose sur la justice et la confiance publique. L’intégrité territoriale de l’Iran est indépendante de tout gouvernement ; elle constitue la ligne rouge de la nation. Cependant, une gouvernance juste est la condition de son renforcement et de sa consolidation.

Dans un contexte de transition, les forces d’opposition portent une responsabilité accrue. Elles doivent simultanément œuvrer pour un passage démocratique et s’accorder sur les principes fondamentaux. L’intégrité territoriale de l’Iran figure au premier rang de ces principes. Il est légitime de débattre de la forme future du régime, de la relation entre république et monarchie, du degré de centralisation ou de décentralisation. En revanche, l’unité territoriale ne saurait devenir un objet de compétition partisane. Tout courant se réclamant de l’intérêt national doit l’affirmer explicitement et sans ambiguïté.

Dans ce cadre, la position claire et constante du Prince Reza Pahlavi en défense de l’intégrité territoriale de l’Iran ne relève pas d’une simple déclaration politique ; elle traduit une conscience d’une responsabilité historique. Il a souligné à maintes reprises que l’Iran n’est pas un espace de partage du pouvoir, mais la maison commune d’une nation, et qu’aucune force politique n’est autorisée, au nom de la liberté, à faire du territoire national un objet de transaction. Cette clarté dans la définition de la ligne rouge nationale envoie un message précis aux forces attachées à l’Iran : l’avenir du pays sera fondé sur l’unité territoriale. Son insistance sur l’unité ne procède pas d’une logique de rivalité politique, mais d’une perspective de préservation de l’identité nationale. À une époque où certains s’efforcent de brouiller les concepts, cette clarté constitue en elle-même une forme de leadership.

D’un point de vue historique, l’Iran est l’un des espaces politiques continus les plus anciens du monde. Les différentes composantes de la société ont contribué à cette histoire, et défendre l’Iran signifie défendre la part commune de chacune d’elles. Sur le plan géopolitique, l’Iran se situe dans une région sensible ; tout affaiblissement de sa structure territoriale accroît sa vulnérabilité aux ingérences extérieures. Sur le plan économique, un marché national intégré permet une planification stratégique, le développement d’infrastructures à l’échelle du pays et une gestion coordonnée des ressources. La fragmentation réduirait ces capacités et créerait de nouvelles dépendances.

En droit international, le principe de l’intégrité territoriale figure parmi les normes consolidées. L’horizon souhaitable est celui d’un Iran démocratique, unifié et pluraliste. Le renforcement de la gestion locale dans le cadre de la souveraineté nationale, l’élargissement des compétences exécutives des provinces dans les domaines des services et du développement et l’élimination des discriminations régionales sont des sujets légitimes et nécessaires, à condition que ces réformes s’inscrivent dans le cadre constitutionnel national et sous l’autorité souveraine unique de l’Iran, sans aboutir à la création de frontières politiques nouvelles ni à des structures parallèles de pouvoir.

À l’heure où l’Iran se trouve à l’orée de transformations majeures, la responsabilité de chaque citoyen conscient consiste à maintenir un équilibre entre la lutte contre l’autoritarisme et la protection du territoire. Il est possible et nécessaire de s’opposer à la République islamique, de lutter pour la liberté et la démocratie, sans affaiblir la maison commune. L’Iran est une nation dotée d’une riche diversité, d’une histoire partagée et d’un avenir qui ne peut être lumineux que dans l’unité, l’État de droit et la justice. Cet avenir commence par une affirmation simple et doit s’y conclure : l’Iran n’est pas divisible.

En définitive, défendre l’intégrité territoriale, c’est défendre la dignité collective. L’Iran n’est ni la propriété d’un gouvernement ni l’instrument d’une idéologie. La République islamique est transitoire ; l’Iran est permanent. La lutte contre l’autoritarisme doit aller de pair avec la préservation du territoire. La liberté sans pays est dépourvue de sens, et un pays sans liberté ne peut demeurer stable. L’avenir lumineux de l’Iran se construit dans l’articulation de ces deux principes : la transition hors de l’autoritarisme et la sauvegarde d’un Iran unifié.

Vive l’Iran.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 26  février 2026