
Aucune question, aujourd’hui, ne pèse davantage dans l’esprit de la société iranienne que celle-ci : si la République islamique s’effondre, le pays basculera-t-il vers une guerre civile, ou non ? Cette interrogation ne naît pas du pessimisme, mais de l’expérience historique. Un peuple qui a vécu une révolution, traversé une guerre extérieure, vu des répressions sanglantes et observé, au quotidien, l’effondrement d’États voisins à travers le prisme des médias, a le droit de questionner l’avenir. La peur du chaos est une réaction humaine naturelle. Ce qui compte, c’est la manière d’y faire face.
En tant que journaliste ayant suivi pendant des années les évolutions de la région, en tant que psychologue connaissant les mécanismes de l’anxiété collective, et en tant que nationaliste considérant l’Iran au-delà de toute idéologie, je crois que la réponse à cette question tient en un mot : la planification.
La guerre civile n’est le destin historique d’aucune nation. Elle est le produit d’un vide de gouvernance, de l’effondrement de l’autorité et de l’absence de confiance. Si ces trois facteurs sont contenus, même les transitions majeures peuvent se dérouler sans sombrer dans une violence structurelle.
En psychologie sociale, il existe une notion que l’on peut appeler l’« anxiété de transition ». Lorsqu’une structure de pouvoir décline et que l’image de son alternative n’est pas encore stabilisée dans l’esprit collectif, l’anxiété se diffuse largement. Dans ce contexte, l’esprit humain a tendance à projeter le scénario le plus catastrophique. La République islamique utilise depuis des années ce mécanisme psychologique en brandissant l’image de la Syrie ou de la Libye. Le message est simple : si nous disparaissons, le pays se désintègre et la guerre éclate. Ce discours s’appuie sur la peur naturelle des citoyens et l’amplifie.
Pourtant, une analyse rigoureuse montre qu’une guerre civile survient généralement lorsque trois conditions sont réunies simultanément. Premièrement, l’effondrement de l’autorité centrale sans remplacement doté d’une légitimité reconnue. Deuxièmement, l’existence de forces armées concurrentes disposant de commandements et de ressources indépendants. Troisièmement, une fracture identitaire profonde conduisant des groupes à nier mutuellement leur légitimité politique. Si l’un de ces trois éléments est maîtrisé, la probabilité de voir une crise politique dégénérer en guerre généralisée diminue nettement.
Sur le plan social et historique, l’Iran diffère de nombreux pays de la région. L’identité nationale iranienne s’enracine dans l’histoire et la culture, et ne se définit pas exclusivement par la religion. Kurdes, Baloutches, Turcs, Arabes, Lors, malgré leurs différences culturelles, se pensent majoritairement dans le cadre iranien. Leurs revendications portent principalement sur la justice, le développement et la participation, davantage que sur la négation de l’unité du pays. Ce capital historique constitue l’un des principaux remparts contre une guerre fondée sur des clivages ethniques.
Cependant, la crainte majeure ne concerne pas la partition, mais le vide du pouvoir. Les citoyens demandent : si la République islamique tombe, qui maintiendra la chaîne de commandement ? Quelle institution garantira la sécurité ? Le Corps des gardiens de la révolution se fragmentera-t-il au point de produire des affrontements armés ? Ces questions trouvent leur origine dans un besoin fondamental : la sécurité. La sécurité est la condition préalable de la liberté. Une société qui se sent menacée accepte même la liberté avec hésitation.
Dans de telles circonstances, l’existence d’un leadership national disposant à la fois d’une légitimité symbolique, d’une expérience politique et d’un plan de transition joue un rôle déterminant dans la réduction de l’anxiété collective. Le leadership, au sens scientifique, ne renvoie pas à la domination, mais à la capacité de produire de la confiance et de la convergence en situation de crise. Dans les instants historiques, une société a besoin d’un point d’appui clair. L’absence d’un tel repère ouvre la voie à des compétitions d’usure et à la fragmentation.
Parmi les forces d’opposition, une part importante de la société a orienté sa confiance vers le Prince Reza Pahlavi. Cette confiance ne peut être réduite à une dimension émotionnelle ou exclusivement historique. Ces dernières années, le Prince Reza Pahlavi a insisté sur le sécularisme, la primauté du droit, l’intégrité territoriale et le droit du peuple à choisir. Il a rappelé à plusieurs reprises que la forme du futur système sera décidée par les citoyens. Pour une société épuisée par l’imposition d’une idéologie religieuse, ce positionnement transmet un message limpide : l’avenir sera fondé sur la volonté nationale, non sur la contrainte.
Du point de vue de la psychologie du leadership, la charisme se forme lorsque le dirigeant parvient à relier l’espoir à la rationalité. Le charisme, dans ce sens, n’est pas une exaltation émotionnelle, mais l’aptitude à créer une confiance durable. Lorsqu’un leader évoque explicitement un gouvernement de transition limité, un référendum libre et la primauté du droit, la société perçoit que la transition dispose d’une architecture. Or l’existence d’une architecture réduit l’anxiété.
Le plan de transition défendu par le Prince Reza Pahlavi repose, selon ses principes, sur plusieurs axes. Le maintien d’une armée nationale en tant que colonne vertébrale de la stabilité. Le désarmement et la séparation des réseaux idéologiques violents du corps professionnel. La mise en place d’un conseil de transition inclusif, réunissant des sensibilités diverses. L’organisation d’élections libres dans les délais les plus courts possible. Si ces principes sont appliqués correctement, ils permettent de neutraliser les trois facteurs de risque. L’autorité centrale est remplacée par une structure transitoire légitime. Les forces armées sont intégrées dans une chaîne de commandement unifiée. Et la légitimité politique se consolide par le suffrage populaire.
Sur le plan juridique, la justice transitionnelle doit reposer sur le principe de la responsabilité individuelle. Les personnes ayant joué un rôle direct dans la répression et dans des crimes doivent répondre de leurs actes devant des tribunaux équitables. En revanche, la punition collective ou la vengeance aveugle est non seulement immorale, mais dangereuse. Une telle logique peut pousser des segments hésitants vers une résistance violente. Le droit et une procédure impartiale envoient un signal d’ordre. Or l’ordre est l’adversaire principal de la guerre civile.
L’économie joue également un rôle vital. De nombreuses guerres civiles se sont embrasées sur fond d’effondrement économique. Si les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités ne sont pas versés, si le système bancaire se désorganise, si l’approvisionnement alimentaire est rompu, le mécontentement social devient rapidement une menace sécuritaire. Un plan de transition doit donc inclure le contrôle immédiat de la banque centrale, la garantie de la continuité des systèmes de paiement et l’approvisionnement en biens essentiels. La récupération des avoirs pillés et l’empêchement du financement de réseaux destructeurs relèvent aussi de la prévention de l’instabilité.
Le nationalisme laïque auquel j’adhère repose sur l’égalité civique. Dans un tel cadre, aucun groupe ethnique n’est supérieur à un autre et aucune religion ne domine une autre. La séparation de la religion et de l’État constitue la condition principale de la prévention des violences identitaires. La République islamique, en confondant religion et pouvoir, a creusé des fractures. L’avenir doit reposer sur le droit civil et l’égalité des droits. Cette orientation réduit les incitations séparatistes et les tensions identitaires.
Il faut rester réaliste. Dans les premiers jours suivant un effondrement, des tensions peuvent apparaître. Des noyaux de l’ancien système peuvent tenter de produire de l’instabilité. Mais une guerre civile, au sens strict, suppose la formation de fronts armés durables, soutenus par une base sociale large. Or un tel scénario ne dispose pas, aujourd’hui, d’un ancrage social massif en Iran. La majorité de la population aspire à une transition pacifique et à un retour à un ordre légal.
Pour de nombreux Iraniens, la confiance nationale et la foi placées dans le leadership du Prince Reza Pahlavi ne signifient pas la négation des autres courants, mais l’existence d’un centre de gravité au moment de la crise. Le Prince Reza Pahlavi a répété que la décision finale sur la forme du système appartient au peuple.
On ne dissipe pas la peur par des slogans. Mais on peut la contenir par un plan et par la confiance. L’Iran est une nation à l’histoire millénaire, aux frontières consolidées et à la mémoire collective profonde. Une telle nation n’est pas condamnée à la guerre civile. L’avenir de l’Iran dépend du degré de préparation à la gestion de la transition.
L’espoir, ici, n’est pas un sentiment naïf ; il est le produit d’une analyse. En tant qu’Iranien, j’exprime clairement cette conviction : aujourd’hui, le Prince Reza Pahlavi représente, pour une part importante de la société iranienne, le symbole d’un leadership convergent et responsable. La confiance placée en lui ne relève pas d’une émotion passagère, mais s’appuie sur la connaissance de ses positions explicites en faveur de la souveraineté du peuple, de la séparation de la religion et de l’État, de l’intégrité territoriale de l’Iran et d’une transition planifiée. Il n’a pas présenté le pouvoir comme une fin ultime, mais comme un moyen de restituer aux citoyens leur droit de choisir. Une telle approche, en période de crise, constitue un capital national susceptible de prévenir la dispersion, de réduire les rivalités internes et de rassembler des forces politiques diverses autour d’un cadre commun.
Faire confiance à un leadership national à cette étape n’est pas un attachement personnel ; c’est une nécessité historique. Traverser l’après-République islamique sans centre de gravité digne de confiance augmente le risque d’épuisement de l’énergie nationale. En tant que citoyens de cette terre, nous avons le devoir de décider sur la base de la rationalité et de l’intérêt supérieur de l’Iran. Si notre objectif est de préserver l’Iran, de prévenir la violence et d’établir un ordre laïque et légal, alors la convergence autour d’un plan de transition et d’un leadership national capable d’incarner ce chemin constitue une responsabilité collective. Sortir de la République islamique n’est pas possible par la colère seule ; cela requiert confiance, cohésion et planification. Le moment est venu de transformer cette confiance nationale en un capital pour construire l’avenir.
Vive l’Iran.
