
La discussion autour de la Journée de la femme dans l’espace politique et culturel contemporain renvoie souvent à l’histoire du 8 mars. Cette date est reconnue dans de nombreux pays du monde comme la Journée internationale des femmes. Toutefois, ses racines se trouvent principalement dans les transformations politiques et sociales de l’Europe ainsi que dans les mouvements ouvriers et socialistes de la fin du XIXᵉ siècle et du début du XXᵉ siècle. En revanche, dans la culture de l’Iran antique existaient également des traditions qui honoraient la place des femmes et même des fêtes spécifiques consacrées à la célébration des femmes et de la terre. L’examen de ces deux traditions différentes, l’une moderne et politique et l’autre ancienne et culturelle, peut contribuer à une compréhension plus profonde de cette question.
Il convient d’abord de rappeler l’histoire de la formation de la Journée internationale des femmes. L’origine de cette tradition remonte aux mouvements ouvriers et socialistes en Europe et aux États-Unis. Au début du XXᵉ siècle, les militantes et militants du mouvement ouvrier ainsi que les femmes engagées en Europe et en Amérique ont cherché à porter des revendications telles que le droit de vote, de meilleures conditions de travail et l’égalité juridique. L’une des figures importantes dans la consolidation de cette journée fut la militante socialiste allemande Clara Zetkin qui, en 1910, lors de la Conférence internationale des femmes socialistes, proposa l’établissement d’une journée mondiale consacrée à la lutte des femmes. Cette proposition fut ensuite adoptée dans différents pays et le 8 mars s’imposa progressivement comme le symbole des luttes féminines au sein des mouvements de gauche et des mouvements ouvriers. Néanmoins, son origine historique demeure liée aux mouvements sociaux et politiques européens et aux traditions intellectuelles de la gauche.
Du point de vue de la sociologie politique, ce phénomène est compréhensible. De nombreux mouvements sociaux modernes en Europe, tels que les mouvements ouvriers, les luttes pour les droits des femmes ou les revendications pour la justice sociale, sont nés des transformations industrielles et économiques du XIXᵉ siècle. Dans ce contexte, les revendications des femmes étaient souvent formulées parallèlement aux revendications de la classe ouvrière. Cette réalité a conduit à ce que nombre d’acteurs de ces mouvements appartiennent aux courants socialistes ou à la gauche politique. Ainsi, le lien entre le 8 mars et les courants de gauche constitue davantage une conséquence historique qu’une nécessité intrinsèque.
C’est pour cette raison que, dans de nombreux pays européens, cette journée s’est dès le départ associée aux courants de gauche, aux partis socialistes et aux syndicats ouvriers. Si l’on observe les cérémonies organisées aujourd’hui dans plusieurs pays d’Europe à l’occasion du 8 mars, on constate que les principaux organisateurs sont souvent les syndicats, les partis de gauche, les organisations féministes et les groupes sociaux proches de ces traditions intellectuelles. La raison de cette situation ne réside pas simplement dans un choix politique contemporain, mais dans l’histoire même de la formation de cette journée. Étant donné que la Journée internationale des femmes faisait initialement partie du mouvement ouvrier et socialiste, sa mémoire historique reste naturellement associée à ces courants dans l’espace politique européen.
À l’inverse, les partis conservateurs, libéraux ou nationalistes dans de nombreux pays européens jouent généralement un rôle plus limité dans ces manifestations. Cela ne signifie pas qu’ils s’opposent aux droits des femmes. Cette distance s’explique plutôt par l’écart historique entre ces courants et les traditions politiques issues du mouvement ouvrier. En Europe, beaucoup de partis de droite ou du centre préfèrent traiter les questions liées aux droits des femmes à travers des politiques publiques telles que l’égalité des chances, les politiques familiales ou les réformes juridiques, plutôt qu’à travers des rituels symboliques ayant leurs racines dans les traditions politiques de la gauche. C’est pourquoi, dans certains pays, les manifestations du 8 mars conservent un caractère davantage politique et revendicatif et se transforment moins en une célébration nationale ou culturelle largement partagée.
Cependant, si l’on déplace le regard de l’Europe vers l’histoire de l’Iran, une image différente apparaît. Dans la culture iranienne préislamique, la place des femmes dans de nombreux textes religieux, mythologiques et historiques était associée à un respect considérable. L’un des exemples les plus marquants est la fête de Spandarmadgan. Cette fête était célébrée dans le calendrier de l’Iran antique le cinquième jour du mois d’Esfand et était dédiée à la déesse Spandarmad. Dans certaines sources historiques, la date du 29 Bahman est également mentionnée pour cette célébration. Spandarmad, dans la tradition du zoroastrisme, symbolisait la terre, la patience et l’amour maternel, et cette journée était connue comme un moment consacré à l’hommage aux femmes et aux mères.
Certaines sources historiques indiquent que, ce jour-là, les hommes offraient des cadeaux à leurs épouses et à leurs filles, et que la position de la femme, en tant que gardienne de la famille et symbole de fertilité et de vie, faisait l’objet d’un respect particulier. Cette fête constituait en réalité une partie du système rituel et culturel de l’Iran antique, dans lequel les éléments de la nature, de l’éthique et de la société étaient étroitement liés. Cette différence montre que la conception de la femme dans les différentes civilisations s’est formée selon des trajectoires historiques distinctes. En Europe, elle s’est développée principalement dans le contexte de la lutte sociale, tandis que dans l’Iran antique elle s’inscrivait dans le cadre du système culturel et rituel de la société.
Parallèlement à cette tradition culturelle, des preuves historiques indiquent également que les femmes, dans certaines périodes de l’Iran antique, jouaient un rôle actif dans la vie sociale et économique. Durant l’époque de l’Empire achéménide, des documents administratifs découverts à Persépolis montrent que les femmes participaient à des activités économiques et qu’elles dirigeaient même, dans certains cas, des ateliers ou des groupes de travail. Ces documents indiquent que les femmes recevaient des salaires et qu’elles occupaient une place officielle dans la structure économique de l’empire.
Dans le domaine politique, on trouve également des exemples de la présence des femmes au pouvoir. L’une des figures connues est Artémise I de Carie qui, à l’époque de Xerxès Ier, commandait une partie de la flotte navale perse. À l’époque de l’Empire sassanide, des femmes telles que Borandukht et Azarmidokht accédèrent au trône. Ces exemples montrent que dans l’histoire de l’Iran antique, la présence des femmes aux plus hauts niveaux du pouvoir était également possible.
Du point de vue de la psychologie culturelle, une différence importante apparaît également entre ces deux traditions. La Journée internationale des femmes, dans la tradition moderne, met davantage l’accent sur les notions de lutte et de revendication des droits. Cette caractéristique découle des conditions historiques de l’Europe à l’époque de l’industrialisation, lorsque les femmes se battaient pour leurs droits politiques et économiques. En revanche, les fêtes traditionnelles iraniennes telles que Spandarmadgan mettaient davantage l’accent sur la notion d’honneur et de célébration. Dans cette tradition, la femme n’était pas seulement considérée comme un acteur politique, mais comme un élément fondamental de la vie sociale et familiale.
Du point de vue de l’identité culturelle, cette différence est également notable. De nombreuses nations s’efforcent de préserver leur identité historique en redécouvrant et en revitalisant leurs traditions anciennes. Dans le cas de l’Iran, certains chercheurs estiment que la redécouverte de fêtes telles que Spandarmadgan peut contribuer à renforcer le lien entre l’histoire culturelle iranienne et la société contemporaine. Cela est particulièrement important pour une société qui cherche à reconstruire son identité historique.
Il convient toutefois de noter que ces deux traditions ne sont pas nécessairement en contradiction l’une avec l’autre. La Journée internationale des femmes fait partie du discours moderne sur les droits humains et l’égalité des sexes à l’échelle mondiale. En revanche, les traditions iraniennes telles que Spandarmadgan appartiennent au patrimoine culturel et historique de l’Iran. On peut donc les considérer comme deux dimensions différentes de l’expérience historique de l’humanité.
La question importante est de savoir quelle approche est la plus acceptable pour les Iraniens. La réponse dépend dans une large mesure de la perspective culturelle et identitaire des individus. Certains peuvent préférer utiliser le cadre global et moderne du 8 mars, puisque cette journée est reconnue dans de nombreux pays du monde. D’autres peuvent au contraire insister sur la revitalisation des traditions iraniennes et considérer la fête de Spandarmadgan comme un symbole important de l’identité culturelle iranienne.
Du point de vue de l’identité culturelle, l’attention portée aux traditions historiques de l’Iran peut renforcer le sentiment de continuité avec le passé civilisationnel. Parallèlement, la connaissance de l’histoire mondiale de la Journée de la femme peut contribuer à une meilleure compréhension des transformations sociales et juridiques du monde contemporain. Par conséquent, une approche qui prenne en compte ces deux dimensions, c’est-à-dire à la fois la reconnaissance des traditions iraniennes et la compréhension du discours mondial, peut offrir une vision plus complète de la place des femmes dans l’histoire et la culture.
En conclusion, on peut affirmer que les Iraniens, dans les périodes antérieures à l’islam, accordaient un respect profond à la position de la femme. Les preuves historiques montrent que les femmes dans l’Iran antique occupaient, dans de nombreux cas, une position plus remarquable que dans plusieurs civilisations contemporaines. Leur présence dans l’économie, la gestion, la culture et même la politique indique que, dans la structure sociale de l’Iran antique, la femme était considérée comme un élément actif et influent.
C’est pourquoi, lorsque les Iraniens d’aujourd’hui parlent de la place de la femme, ils peuvent, en plus de la connaissance des discours mondiaux tels que celui du 8 mars, se tourner également vers leur propre héritage historique et culturel. Des traditions comme Spandarmadgan rappellent que le respect de la femme possède des racines très anciennes dans la culture iranienne. L’une est le produit des mouvements sociaux et politiques modernes en Europe et l’autre fait partie du patrimoine culturel et rituel de l’Iran antique. Ce passé historique montre que, dans la civilisation iranienne, la femme a toujours constitué une composante essentielle de la grandeur culturelle et humaine de la société.
Dans cette perspective, l’hommage rendu à la femme n’est pas seulement une question politique ou sociale, mais également une dimension de l’identité culturelle de l’Iran et un signe des valeurs que cette civilisation a accordées à la dignité humaine au cours de son histoire.
