La crise palestinienne, la politique de négation et l’impasse historique de la paix

La question palestinienne est l’un des conflits politiques les plus longs et les plus complexes des XXe et XXIe siècles. Cette crise ne s’est pas limitée à un simple différend territorial ; elle est devenue un champ de confrontation entre idéologies, projets géopolitiques régionaux, guerres par procuration, extrémisme religieux et rivalités entre puissances mondiales. Au cours des dernières décennies, le récit dominant dans de nombreux médias du monde arabe et dans une partie de l’opinion publique internationale a présenté les Palestiniens exclusivement comme des victimes absolues et Israël comme l’unique responsable de la crise. Pourtant, l’examen précis des documents historiques, des processus politiques, des accords rejetés, du comportement des groupes palestiniens et de la politique officielle de nombreux dirigeants palestiniens montre qu’une partie importante de la persistance de cette crise découle de la stratégie politique de « négation d’Israël » et de la préférence accordée à la lutte permanente plutôt qu’à la construction d’un véritable État.

Cette analyse ne signifie pas la négation des souffrances des civils palestiniens. Le peuple palestinien ordinaire, comme tout autre peuple, a été victime de la guerre, de la corruption, de l’extrémisme et des jeux géopolitiques. Mais il est nécessaire de distinguer le peuple des structures politiques et militaires qui gouvernent les Palestiniens. Nombre des tragédies actuelles de Gaza sont le résultat direct de décennies de mauvaise gestion, d’ingérence de la République islamique, de corruption, de militarisation et de priorité donnée à la destruction d’Israël plutôt qu’au développement national.

Les racines historiques de la crise et le rejet répété des plans de partage

L’un des moments historiques les plus importants de ce conflit fut le plan de partage des Nations unies en 1947. Selon la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies, le territoire sous mandat britannique devait être divisé entre deux États, l’un juif et l’autre arabe. Les dirigeants juifs acceptèrent ce plan, bien que les frontières proposées pour l’État juif fussent extrêmement fragiles et discontinues. En revanche, les dirigeants arabes palestiniens et les États arabes le rejetèrent.

Ce moment historique revêt une importance fondamentale. Car si l’objectif principal de la direction arabe palestinienne avait été la création d’un État palestinien indépendant, l’année 1947 représentait la première et la plus importante occasion de le réaliser. Mais au lieu d’accepter le partage et de fonder un État, la voie de la guerre fut choisie. Le résultat de cette décision fut le déclenchement de la guerre de 1948 et l’aggravation de la crise des réfugiés.

Du point de vue du droit international, le rejet du plan de partage par les dirigeants arabes a pratiquement fait disparaître le premier cadre juridique permettant la création d’un État palestinien. Ce schéma s’est ensuite répété à plusieurs reprises. En 2000, Yasser Arafat rejeta la proposition de Camp David, qui prévoyait la création d’un État palestinien sur une grande partie de la Cisjordanie et de Gaza. Bill Clinton écrivit plus tard dans ses mémoires qu’Arafat n’avait présenté aucune proposition alternative et avait, dans les faits, fait échouer les négociations. En 2008 également, Mahmoud Abbas n’accepta pas la proposition étendue d’Ehud Olmert.

En réalité, l’histoire des négociations montre qu’une grande partie de la direction palestinienne a toujours été confrontée à cette contradiction : accepter la paix signifiait accepter l’existence permanente d’Israël, alors qu’une partie importante du discours politique palestinien reposait sur la négation de la légitimité d’Israël.

L’idéologie de la destruction d’Israël dans les chartes des groupes palestiniens

L’examen des chartes officielles des groupes palestiniens montre que beaucoup d’entre eux ne portaient fondamentalement aucun projet de coexistence. La charte initiale du Hamas, publiée en 1988, désignait ouvertement la destruction d’Israël comme son objectif. Dans cette charte, l’ensemble du territoire d’Israël était défini comme un waqf islamique, et toute forme de compromis était rejetée.

Même l’Organisation de libération de la Palestine n’a pas reconnu l’existence d’Israël pendant de nombreuses années. Les opérations armées des années 1960 et 1970 ne visaient pas seulement des objectifs militaires, mais aussi des civils israéliens. Les détournements d’avions, l’attaque des Jeux olympiques de Munich en 1972, ainsi que de nombreuses opérations contre des écoles, des autobus et des lieux publics faisaient partie de cette stratégie.

Du point de vue du droit international humanitaire, l’attaque délibérée contre des civils constitue une manifestation claire du terrorisme et un crime de guerre. Pourtant, dans le vocabulaire officiel de nombreux groupes palestiniens, ces actes n’étaient non seulement pas condamnés, mais souvent glorifiés comme une « résistance légitime ».

Cette culture politique a progressivement influencé la structure sociale palestinienne elle-même. L’enseignement de la haine, l’héroïsation des opérations suicides et la propagande idéologique dans les médias et les écoles sont devenus une partie de la réalité politique des territoires palestiniens. Dans un tel climat, le projet de construction d’un État moderne a été, dans les faits, sacrifié à l’idéologie de la guerre permanente.

Gaza, une occasion historique perdue

L’un des exemples les plus importants à examiner est la bande de Gaza. En 2005, Israël s’est entièrement retiré de Gaza. Toutes les colonies israéliennes furent évacuées et le contrôle interne de la région fut confié aux Palestiniens. Cet événement aurait pu marquer le début de la formation d’un modèle réussi d’État palestinien.

Gaza disposait d’aides internationales considérables, d’un accès à la mer, d’un potentiel agricole et d’infrastructures susceptibles d’être développées. Des milliards de dollars en provenance de l’Europe, des États-Unis, du Qatar et des institutions internationales ont afflué vers cette région. Mais au lieu de transformer Gaza en un exemple réussi de développement, le Hamas, après avoir pris le contrôle militaire de la zone en 2007, a choisi la voie de la militarisation.

Une grande partie des ressources financières a été consacrée à la construction de tunnels militaires, de dépôts de missiles et au développement de structures paramilitaires. De nombreux rapports internationaux ont montré que le Hamas a utilisé des infrastructures civiles, telles que des écoles et des hôpitaux, à des fins militaires. Cette situation a mis en danger non seulement la sécurité d’Israël, mais également la vie des civils palestiniens.

Alors que des pays comme Singapour, les Émirats arabes unis ou même le Rwanda ont réussi, dans des conditions difficiles, à s’orienter vers la construction étatique et le développement, Gaza s’est pratiquement transformée en une structure paramilitaire permanente. De nombreux analystes estiment que la direction du Hamas voit sa survie politique dans la poursuite de la guerre, et non dans la réalisation d’une paix durable.

Le rôle de la République islamique d’Iran et la guerre par procuration

L’un des facteurs clés de la persistance de la crise est l’entrée de la République islamique d’Iran dans le dossier palestinien. Après la révolution de 1979, la République islamique a transformé la question palestinienne en instrument de légitimation idéologique et d’exportation de la révolution. Le soutien financier et militaire au Hamas et au Jihad islamique est devenu une partie intégrante de la stratégie régionale de Téhéran.

Pour la République islamique, la question palestinienne n’est pas simplement une question humaine ou nationale ; elle constitue un outil géopolitique destiné à exercer une pression sur Israël et à rivaliser avec l’Occident ainsi qu’avec les pays arabes. Des milliards de dollars de ressources financières, qui auraient pu être consacrés au développement intérieur de l’Iran, ont été mis à la disposition des groupes mandataires de la région.

Ces soutiens ont, dans les faits, conduit certaines parties du mouvement palestinien à se transformer, au lieu de se concentrer sur la construction de l’État et de l’économie, en bras armé de la guerre par procuration menée par la République islamique. Le résultat de ce processus fut une dépendance accrue, une radicalisation des structures politiques et une intensification du cycle de la violence.

La culture de la victimisation et l’économie de l’aide internationale

Une autre dimension importante de cette crise est l’émergence d’une forme d’« économie de crise » au sein de la structure palestinienne. Depuis des décennies, une grande partie du budget de l’Autorité palestinienne et de Gaza provient de l’aide extérieure. Pourtant, ces ressources financières considérables ont rarement conduit à un développement durable, à une institutionnalisation démocratique ou à une économie indépendante.

La corruption généralisée au sein de l’Autorité palestinienne a été signalée à plusieurs reprises par des institutions internationales. Les familles proches du pouvoir, les réseaux de rente et les structures opaques contrôlent une part importante de l’économie palestinienne.

Du point de vue de la psychologie politique, une partie du discours palestinien repose sur une identité de victime permanente. Cette identité politique rend toute responsabilité interne difficile. Dans un tel climat, tous les problèmes sont exclusivement attribués à Israël, tandis que la critique des structures internes est marginalisée.

Pourtant, de nombreuses nations ont réussi, dans des conditions plus difficiles encore, à suivre une trajectoire différente en se concentrant sur le développement, l’éducation et la construction institutionnelle. L’Allemagne et le Japon étaient dévastés après la Seconde Guerre mondiale, mais en acceptant les réalités politiques et en se concentrant sur la reconstruction nationale, ils sont devenus des puissances économiques.

La question du terrorisme et de la sécurité d’Israël

Aucune analyse équitable de cette crise ne peut ignorer la question de la sécurité d’Israël. Depuis sa création, Israël a été confronté à des guerres, des tirs de roquettes, des attentats suicides et des menaces permanentes. Pour une grande partie de la société israélienne, l’inquiétude sécuritaire est une réalité quotidienne, et non un simple instrument de propagande.

Les opérations du Hamas du 7 octobre 2023 ont constitué un exemple manifeste de cette réalité. L’attaque contre des civils, le massacre de familles, la prise d’otages et la violence massive ont conduit une large partie de l’opinion mondiale à revoir sa perception de la nature de ce groupe.

Du point de vue du droit international, aucun mouvement politique n’a le droit de prendre pour cible des civils. Défendre de tels actes sous le nom de « résistance » n’est défendable ni juridiquement ni moralement.

Ces actions ont précisément conduit une grande partie de l’opinion publique israélienne à développer une profonde méfiance envers toute forme de retrait ou de concession. Beaucoup d’Israéliens considèrent l’expérience du retrait de Gaza comme la preuve qu’un retrait ne conduit pas nécessairement à la paix.

La crise du leadership palestinien

L’un des problèmes les plus importants des Palestiniens est l’absence d’un leadership moderne et responsable. L’Autorité palestinienne souffre de corruption, d’inefficacité et d’une crise de légitimité. Le Hamas, quant à lui, possède une structure idéologique et paramilitaire dont la priorité centrale demeure la lutte armée.

En conséquence, la société palestinienne se trouve prise entre deux structures inefficaces. De véritables élections n’ont pas été organisées depuis des années et l’espace politique palestinien est fortement verrouillé. Les opposants politiques sont réprimés et les médias indépendants subissent des pressions.

Dans ces conditions, la possibilité de voir émerger un véritable projet de construction étatique est devenue extrêmement limitée. Sans institutions démocratiques, économie indépendante, éducation moderne et acceptation de la coexistence, la formation d’un État stable restera difficile.

Conclusion

L’examen historique et politique de la crise palestinienne montre qu’une partie importante de la persistance de ce conflit résulte des décisions de la direction palestinienne et de la domination de l’idéologie de la négation sur le réalisme politique. Du rejet du plan de partage de 1947 à l’opposition aux accords de paix, de l’expansion du terrorisme à la militarisation de Gaza, de nombreuses occasions historiques de construire un État indépendant ont été perdues.

Cette réalité ne signifie pas la négation des droits du peuple palestinien. Les Palestiniens, comme tout autre peuple, ont droit à la sécurité, à la prospérité et à une vie normale. Mais la réalisation de ces objectifs exige une transformation fondamentale de la culture politique, l’acceptation de la coexistence, l’abandon du terrorisme et la concentration sur le développement national.

Tant qu’une partie de la structure politique palestinienne préférera la destruction d’Israël à la construction de la Palestine, la crise se poursuivra. L’expérience historique a montré que les nations réussissent lorsqu’elles cessent de mythifier la guerre permanente et concentrent leurs efforts sur la construction d’institutions, d’une économie, d’un système éducatif et d’un avenir.

Une paix réelle ne sera possible que lorsque le projet de construction étatique remplacera le projet de négation, et lorsque les intérêts des citoyens ordinaires primeront sur ceux des groupes idéologiques et des acteurs régionaux.


Ehsan Tarinia – Luxembourg
Écrit le 5 mai 2026